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Ni Bouteldja ni Mélenchon, ou le choix cornélien de l’immigration post-coloniale

Hamza BELAKBIR

En France, deux personnes incarnent très bien, dans leur discours, la difficile combinaison entre préoccupations sociales et prises en compte des réalités des personnes racisées. Alors que l’actualité européenne ne cesse de mettre en tension ces combats, Houria Bouteldja et Jean-Luc Mélenchon se positionnent étonnamment sur ces sujets.

Les dernières élections fédérales allemandes eurent la particularité d’acter le début d’une nouvelle ère politique en Europe avec l’entrée du parti AfD au Bundestag, un tabou électoral fut brisé. Il y avait déjà Victor Orban en Hongrie, le FPÖ en Autriche et le FN au deuxième tour des présidentielles françaises, c’est désormais au tour de l’Allemagne, qui possède pourtant le système politique le mieux balisé contre une telle mésaventure électorale, de voir une formation politique d’extrême droite obtenir 94 sièges et devenir ainsi le troisième parti allemand.

Cette levée de boucliers s’est construite graduellement, notamment grâce à la baisse des scores électoraux du SPD, qui n’est pas sans résonance avec le déclin de l’ensemble des social-démocraties européennes. Touchées par l’insatisfaction des laissé·e·s pour compte du néolibéralisme et des politiques d’austérité, elles sont victimes de politiques dont elles ont elles-mêmes été les instigatrices. Le constat est amer chez les progressistes européen·ne·s, et il l’est d’autant plus lorsque que face à cette perte de vitesse, les partis sociaux-démocrates capitulent devant leurs franges les plus libérales. Cette métamorphose lente de l’échiquier politique européen, avec ses nuances locales, n’est qu’importation subtile et silencieuse du clivage nord-américain entre libéraux et conservateurs sur les terres historiques de l’État Providence.

La social-démocratie et la gauche radicale sont à bout de souffle. La substitution cyclique opérée par la social-démocratie, profitant du déclin des partis communistes, s’opère par mimétisme avec le social-libéralisme. La gauche se voit ainsi dans l’obligation de se réorganiser, de se réinviter et de créer de nouvelles grilles de lectures afin de comprendre les articulations contemporaines des dominations et établir un état des lieux des dynamiques d’oppressions et des moyens d’émancipations. Ensuite, seulement, elle pourra se permettre d’y apporter une réponse politique et stratégique. En terme de tentatives de réponses à cette crise, deux pistes sont en pleine gestation intellectuelle dans les milieux militants et académiques : la pensée décoloniale[1] d’un côté et la nécessité d’un populisme de gauche[2] de l’autre, deux alternatives innovantes qui contraignent symétriquement les émancipations politiques de l’immigration post-coloniale.

En prélude aux critiques, il est intéressant  d’observer la lutte féroce menée contre le développement des thèses décoloniales dans les milieux académiques et militants pour que ce mouvement attire l’attention des progressistes. Alors que toute l’armada vallsiste du Printemps Républicain désigne la pensée décoloniale comme le nouveau péril à combattre, présenté comme presque plus inquiétant que les thèses qui ont favorisé l’arrivée du Front National au second tour, il devient urgent de s’y intéresser. Il suffit de découvrir la littérature décoloniale par soi-même, et non à travers les critiques qui en sont faites dans les revues, pour s’apercevoir de sa complexité intellectuelle et surtout de sa pertinence politique pour la compréhension des rapports de dominations actifs face aux citoyen·ne·s issu·e·s de l’immigration post-coloniale dans les sociétés européennes.

Il faut aussi reconnaître le travail fourni depuis une décennie par les militant·e·s intellectuel·le·s décoloniaux/ales francophones qui a permis que le vocabulaire ainsi que le débat osant affirmer la blanchité[3] comme  privilège social et politique trouvent leurs places dans le champ lexical médiatico-politique comme  dans les milieux académiques, notamment grâce à la consolidation scientifique des thèses décoloniales entreprise par les chercheur·e·s étatsunien·ne·s.

D’Houria Bouteldja…

La reconnaissance intellectuelle de la lecture décoloniale ne doit pas exempter ses praticien·ne·s de la critique et il y a de la matière. D’ailleurs, l’honnêteté intellectuelle oblige la démarcation de la plupart des blâmes des éditorialistes et journalistes distribués à propos du dernier ouvrage d’Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République, Les Blancs, les Juifs et nous, en en saluant l’émulation intellectuelle qu’il suscite, sans pour autant en valider toutes les thèses défendues.

« Je n’ai jamais été féministe. Je n’y ai même jamais pensé. Pour moi le féminisme c’est comme le chocolat ! Nous reprocher de ne pas être féministes c’est comme reprocher à un pauvre de ne pas manger de caviar »[4]. Ici, la dimension “chocolat” qu’Houria Bouteldja colle au féminisme contemporain est compréhensible par sa situation dans le contexte historique de l’immigration post-coloniale et par sa réceptivité auprès des gens des quartiers. Cependant, à partir du moment où elle se permet de célébrer la virilité du français racisé sous prétexte qu’« exposer ses pectoraux, à faire étalage de sa virilité serait sa seule stratégie de survie »[5], elle valide sans critique le virilisme machiste responsable en grande partie des violences faites aux femmes, qu’elles soient racisées ou blanches. Cela dit, il est intéressant de relever le rapport trouble que des Français·es blanc·he·s ont avec la notion de virilité maghrébine, comme le fait avec pertinence Houria Bouteldja. Un rapport trouble qui fut démontré, dans des registres différents, autant par l’affaire Théo, ce jeune français noir violé par un agent de police lors d’un contrôle d’identité, que par la focalisation sur les hommes arabes des débats entourant la pénalisation du viol, en France durant les années 70, alors que les violeurs venaient de toutes les classes socio-ethniques.

Ce que Bouteldja communique en signant « Nous appartenons à la “communauté et nous l’assurons de notre loyauté » et « l’homme indigène n’est pas notre ennemi principal. La critique radicale du patriarcat indigène est un luxe. Si un féminisme assumé devait voir le jour, il ne pourrait prendre que les voies sinueuses et escarpées d’un mouvement paradoxal qui passera obligatoirement par une allégeance communautaire. Du moins aussi longtemps que le racisme existera »[6] est une négation pure et simple de toute éventualité féministe pour les femmes racisées même si elles ne s’inscriraient point dans le féminisme universel. D’ailleurs ni Lallab, association dont le but est de faire entendre les voix des femmes musulmanes, ni les collectifs afro-féministes ne se revendiquent de l’universalisme.

Exiger ainsi des femmes racisées des quartiers de mettre en sourdine leurs souffrances sous prétexte que l’enjeu politique les dépasse et qu’il faudrait d’abord régler la question de la race avant de s’attaquer au patriarcat indigène implique une injonction sacrificielle aux françaises issues de l’immigration post-coloniale. L’actualité du hashtag #metoo, la libération de la parole des victimes des violences sexuelles et plus particulièrement la réaction d’Houria Bouteldja suite à l’affaire impliquant Tariq Ramadan a été assez révélatrice de son biais de lecture sur le rapport flou qu’elle entretient entre d’un côté la loyauté envers la communauté et, de l’autre, la négation brutale des affects des victimes racisées des violences sexuelles vécues par une grande partie de cette communauté.
En brandissant cette injonction à la loyauté comme condition nécessaire à toute émancipation, exigera-t-elle le même sacrifice de la part d’ouvriers/ères racisé·e·s qui voudraient résister à l’oppression de leur patron racisé ? La lutte syndicale indigène relèverait-elle aussi du luxe, voire du chocolat ?

Concevoir les façons dont les séquelles racistes de la société se répercutent sur les rapports de genre n’implique en aucun cas qu’il faille prétendre que le sexisme n’est qu’un résultat du racisme et que militer contre le racisme mettrait fin, comme par magie, au sexisme. On observe ici, dans le chef d’Houria Bouteldja, le même procédé que l’ingéniosité intersectionnelle de la pensée décoloniale a su identifier auprès des analyses marxistes orthodoxes, considérant que lutter contre le capitalisme abolirait comme par magie le racisme. Ce raisonnement hiérarchisant les luttes à travers des tentatives biaisées d’établir des liens de cause à effet entre les différentes dominations reste comme une épée de Damoclès sur la tête de tou·te·s celles et ceux qui aspirent à rassembler différents corps sociaux aux intérêts tout aussi divers autour d’un projet politique commun.

L’injonction sacrificielle revient dans le chef de Bouteldja quand elle déclare chez Taddei en 2012, dans un débat concernant le mariage pour tous : « Moi je n’ai pas d’avis sur la légitimité ou pas des revendications homos, en revanche j’ai un avis sur l’universalité de la revendication identitaire homosexuelle. Moi je vais vous le dire un peu brutalement, je ne suis pas concernée par ce débat. Je ne suis pas concernée par ce débat parce que ma parole est particulière et qu’elle est située quelque part », en tant que représentante d’un parti politique, en n’ayant pas d’avis sur la légitimité des revendications LGBTQI, elle se désolidarise de la réalité violente de beaucoup membres racisés de la communauté LGBTQI en éjectant leur lutte de son agenda politique.

Ici, elle relègue les affects des LGBTQI racisé·e·s hors de l’ordre du jour de l’émancipation décoloniale. Encore une fois, elle reproduit la même violence qu’elle a dénoncée, à juste titre, lors du refus de François Ruffin, député de la France Insoumise de la Somme, de se positionner clairement suite aux interpellations de la famille d’Adama Traoré.

… à Jean-Luc Mélenchon

Avant de s’attarder sur la pratique populiste à gauche, notamment avec la France Insoumise, il faut reconnaître la démarche évolutive de Jean-Luc Mélenchon à partir du Parti Socialiste jusqu’à la revendication de l’éco-socialisme comme berceau d’un nouveau socialisme défait de son productivisme historique, mais surtout saluer l’exercice de remise en question après l’échec de 2012.

Au retour de son séjour en Amérique latine, effectué dans le but de mieux comprendre les expériences des socialismes bolivariens, voire de s’en inspirer pour refonder un socialisme innovant qui pourrait trouver écho auprès des citoyen·ne·s français·es, Mélenchon est venu avec une nouvelle stratégie populiste. Il est intéressant de juger opportune l’utilisation du “moment” populiste comme réponse aux échecs de la méthode précédente qui, dans sa pratique politique, niait les affects de son corps électoral. Il faut saluer la démarche de Jean-Luc Mélenchon consistant à sortir de sa zone de confort pour explorer la nouvelle pratique populiste. Cependant, c’est une approche très critiquable au vu de l’exploitation négative qu’il a décidé de faire de ces affects au lieu de les investir positivement, comme il en a déjà été capable dans quelques-unes de ses sorties médiatiques sur la crise d’accueil des migrant·e·s. Il est tombé dans ce qu’on pourrait appeler l’erreur du néophyte populiste, à savoir confondre les affects au moment de les manier.

Eric Fassin l’a bien analysé: « De l’extrême droite à la gauche de gauche, ce ne sont pas les même affects. L’enjeu est bien sûr stratégique : les électeurs d’extrême droite ne sont pas des victimes dont il faudrait écouter les souffrances. Ce sont des sujets politiques, mus par des passions tristes, qu’il convient de combattre en s’appuyant sur d’autres sujets, d’autres passions »[7]. Il suffit d’analyser le récent tournant communicationnel de Mélenchon : la sanctuarisation du patriotisme accompagnée d’une recrudescence statistique du mot “nation” dans ses sorties médiatiques et prises de paroles publiques. Ajoutons à cela la sacralisation du drapeau français, notamment lors du triste épisode où il demanda d’enlever le drapeau européen de l’assemblée nationale. Encouragé par le départ de Florian Philippot du FN, Jean-Luc Mélenchon a clairement fait le choix d’incarner le seul rempart politique des souverainistes français en espérant capter les débris électoraux causés par l’explosion du couple Le Pen-Philippot.

Dans la continuité de cette métamorphose, il est difficile d’ignorer l’un de ces derniers tweets polémiques dans lequel le leader de la France Insoumise déclare « La France n’est ni occidentale, ni européenne : elle est universaliste parce qu’elle est présente sur les 5 continents ». Un pas non-négligeable est franchi ici dans la course aux voix du FN : nous ne sommes plus très loin d’un récit national nostalgique de l’Algérie française. Une célébration sans contextualisation ni critique des séquelles territoriales de la France coloniale.

Le dépassement du moment populiste pour en faire une pratique continue et perpétuelle implique lui aussi une injonction sacrificielle aux français/ses issu·e·s de l’immigration post-coloniale. Cette injonction réside dans l’exigence de mettre en sourdine leurs affects de dominé·e·s historiques, voire d’embrasser et faire leur le récit historique d’une France d’antan dont leurs grands-parents furent les victimes et niant ainsi la complexité de leur rapport légitimement mitigé au drapeau français. Il suit ainsi à la lettre le conseil de Chantal Mouffe de ne point déserter le terrain des symboles investis par l’extrême droite et la droite réactionnaire, nostalgiques de la grandeur et l’universalité de l’Empire français.

En choisissant de conquérir les électeurs du FN avec la fameuse réplique Insoumise “Fâché mais pas facho”, il envoie un signal symboliquement violent aux premiers et premières vulnérabilisé·e·s par les fondements politiques du parti frontiste : les femmes, les membres français de la communauté LGBTQI et les Français·es racisé·e·s. Sauf que franchir ce pas implique incontestablement la validation du folklore raciste du FN et la minimisation des éventuelles représailles qu’une arrivée du parti de Marine Le Pen au pouvoir pourrait susciter.

Dans un long entretien à l’hebdomadaire Le 1, le député des Bouches-du-Rhône revient sur les objectifs de La France Insoumise. Il y déclare qu’il s’agit d’un « mouvement » qui serait « transversal » et « gazeux ». Questionné sur le fonctionnement de la structure, il ajoute que « le but de la FI n’est pas d’être démocratique mais collectif ». Nous retrouvons ici clairement l’indéfinition du populisme dont parle Eric Fassin « ce n’est ni une idéologie, ni un programme, ni un régime. Toutefois, ce sont justement “le vague et l’indétermination” qui rendent possibles ces formes variables »[8].

Ce sont le flou, l’ambiguïté et l’absence de règles claires qui régissent ainsi la pratique populiste de Mélenchon et qui donnent un avant-goût du pari risqué que constitue le surf sur ces terrains glissants. C’est un relent dont on pourrait légitimement se méfier quant au projet de société, au de-là de la ligne programmatique de l’Avenir en commun qui reste l’une des plus progressistes de l’histoire de la gauche française et qui serait appliquée si le candidat de la France Insoumise est amené à devenir président de la République française un jour.

Finalement, aussi antagonistes que puissent paraître les référents politiques d’une Houria Bouteldja et d’un Jean-Luc Mélenchon, il est clair qu’ils tiennent comme devise commune de leur pratiques, décoloniale d’un côté et populiste de l’autre, cette injonction sacrificielle faite aux Français·es issu·e·s de l’immigration post-coloniale. Il s’agit ici d’un usage assez astucieux de l’adage machiavélien “la fin justifie les moyens“. Les deux pratiques politiques comportent dans leurs trains d’émancipation des compartiments sombres où la clarté des règles n’est pas d’usage et où l’indétermination, pour le coup non-assumée, de la loi leur permettent d’élargir leurs marges de manœuvre sans avilir leurs exemplarités respectives, une fois que leurs prophéties d’émancipation seront électoralement réalisées.

[1] Pensée décoloniale : “Il s’agit d’une perspective doublement critique: tant à l’égard du fondamentalisme eurocentrique que des fondamentalismes tiers mondistes, du colonialisme et du nationalisme. La critique décoloniale ne rejette pas les penseurs critiques européens car cela reviendrait à une inversion fondamentaliste du fondamentalisme eurocentrique.” Ramón Grosfoguel, UC Berkeley.

[2]Le populisme est une façon de construire le politique. Il joue la base contre le sommet, le peuple contre les élites, les masses mobilisées contre les institutions officielles figées.” Ernesto Laclau.

[3]Le concept de blanchité désigne l’hégémonie sociale, culturelle et politique blanche à laquelle sont confrontées les minorités ethnoraciales“, Maxime Cervulle, Dans le blanc des yeux. Diversité, racisme et médias, Paris, Éd. Amsterdam, 2013, p. 15.

[4] « Les Blancs, les Juifs et nous : Vers une politique de l’amour révolutionnaire », Houria Bouteldja, La Fabrique, p. 83.

[5] Op. cit.

[6] Op. cit. p. 84.

[7] Eric Fassin, Populisme : le grand ressentiment, Textuel, p. 73.

[8] Op. cit, p. 19.

Animateur à Radio Campus et chroniqueur à BX1

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  • Amis Indigènes, si vous souhaitez vous confronter à la pensée décoloniale mais que vous ne maîtrisez ni la complexité ni la dialectique, dans le doute, abstenez-vous. C’est le conseil que j’aurais donné à Hamza Belakbir si je l’avais connu avant la « critique » qu’il vient de commettre. Cela lui aurait permis d’éviter un fatras d’approximations ou de contre-vérités.

    Son analyse qui évite les travers grossiers de la presse néo-conservatrice et qui me crédite d’une certaine respectabilité – ce dont il faut lui rendre grâce – aura l’avantage de ravir le cœur de tous les Corcuff de France et de Belgique mais certainement pas de remplir son objectif : celui d’aider à la compréhension et d’être utile aux luttes décoloniales.

    N’ayant pas que des ennemis dans cette revue que je tiens en haute estime, il me semble important de répondre à un lectorat qui aura certainement l’honnêteté de vouloir comprendre. Je me contenterais cependant de ne rectifier que ce qui me semble le plus dénaturé.

    D’abord, je n’ai jamais « célébré » la virilité du français racisé sous prétexte qu’« exposer ses pectoraux, à faire étalage de sa virilité serait sa seule stratégie de survie ». L’auteur sait-il seulement faire la différence entre un propos descriptif et un propos prescriptif ? Visiblement non, car le passage incriminé ne fait que décrire la virilité des hommes indigènes comme (entre autres) un produit des rapports d’oppression subis par les masculinités non blanches. Dans ce contexte, les femmes qu’on croit défendre en refusant de s’attaquer à cette oppression spécifique sont les premières victimes des nouvelles formes de violences viriles.

    Si Hamza Belakbir poussait un peu les effets de ce raisonnement, il pourrait presque en déduire que je suis féministe. Mais il aurait été dommage de gâcher toute la saveur de sa critique…pour ce détail.

    Deuxièmement, je n’ai jamais « exigé » des « femmes racisées des quartiers » qu’elles mettent « en sourdine leurs souffrances ». Comme un huissier, je ne fais que constater que c’est ce qu’elles font tendanciellement. Ce qui pour moi exprime l’effet objectif de la triple oppression de classe, de genre et de race.

    Ingénu et fier de son parallèle, il s’interroge : « Exigera-t-elle le même sacrifice de la part d’ouvriers/ères racisé·e·s qui voudraient résister à l’oppression de leur patron racisé ? »

    Faut-il lui expliquer que le rapport entre un ouvrier et un patron est un rapport salarial qui n’induit aucun affect alors que le rapport entre les hommes et les femmes dans les quartiers sont souvent des rapport filiaux de fils, de pères, de maris, de frères ? Que les intérêts des patrons sont protégés par des logiques économiques et institutionnelles tandis que ceux des hommes d’en bas sont quotidiennement mis à mal par des logiques de répression.

    Quant à la question « LGBTQI », il faudrait peut-être que M. Belakbir cesse de les aborder comme un touriste aborde la ville de Paris : en faisant le tour de la Tour Eiffel. Comme je suis charitable, ci-après, un lien vers un travail universitaire important sur les sexualités dans les quartiers populaires qui va dans le sens du Parti des Indigènes de la République.

    C’est d’autant plus généreux de ma part qu’à l’avenir, M. Belakbir pourra le citer sans avoir à passer par mes propres apports théoriques, c’est à dire sans se salir les mains, puisque la thèse défendue a été saluée par Eric Fassin himself.

    Sinon, le titre de l’article est naze mais je laisse les lecteurs se faire leur propre idée à la lumière de mes explications.
    Allez, sans rancune.

    Houria Bouteldja

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