La météo européenne du progrès social
La météo du progrès social en Europe - Carte interactive
Chaque trimestre, l’équipe et les coordinateurs de la Météo politique font le choix d’épingler des tendances et des événements significatifs pour le progrès social, la gauche et ses idées. Des éléments susceptibles de faire la pluie et le beau temps politiquement, choisis en fonction de leur pertinence ou de leur originalité. Fruit d’un choix éditorial, la météo politique ne donne pas la température moyenne d’un pays, ni un tableau exhaustif de la situation sociale. Comment le pourrait-elle? Une tempête est si vite arrivée.
[météo établie grâce aux contributions de Venelin Bochev, Arthur Borriello, Amandine Crespy, Martin Deleixhe, Jean-Paul Gailly, Anita Khachaturova, Louis Larue, Tiago Moreira Ramalho, Hanna Perekhoda, Neira Sebanovic Pierre-Etienne Vandamme]

Allemagne
—Extrême droite • Élections
Sale temps pour les gauches allemandes ! Les élections législatives du 23 février ont vu la droite conservatrice (CDU) arriver en tête (28,5%, 208 sièges), suivie par l’extrême droite de l’AfD (20,8%, 152 sièges). Les sociaux-démocrates et les verts perdent, à eux deux, près de 120 sièges par rapport à 2021. Si le président de la CDU, Friedrich Merz, se défend pour l’instant de vouloir pactiser avec le diable, les controverses qui ont émaillé la campagne ont créé une brèche dans le cordon sanitaire qui isole l’extrême droite depuis sa résurgence dans les années 1990. Le parti chrétien-démocrate a en effet accepté les voix de l’extrême droite pour faire voter une loi visant à durcir les règles en matière d’immigration, finalement rejetée à une courte majorité. Dans un contexte de profonde crise du modèle productif allemand dont la gauche de gouvernement paie largement l’addition électorale, ce virage droitier de la CDU ouvre des perspectives inespérées à l’extrême droite, malgré la résistance toujours vive que son ascension suscite dans certains secteurs de la population. Seule timide éclaircie dans ce sombre tableau : la bonne dynamique de campagne de Die Linke se confirme dans les urnes (8,77%, 64 sièges), où le parti fait mieux que résister à la concurrence de la gauche anti-immigration, l’Alliance Sahra Wagenknecht se voyant privée de toute représentation parlementaire.
Précédemment (décembre 2024) : Combat des chefs au sein du parti social-démocrate SPD. Alors qu’Olaf Scholz est le chancelier le plus impopulaire de l’histoire du pays, d’après les sondages, le ministre de la Défense Boris Pistorius aurait bien voulu mener la danse en vue des élections anticipées de février 2025. D’après ses partisans, qui souhaitaient sinon sa nomination, au moins une primaire, il était le seul à même de sauver le SPD d’une défaite historique annoncée. La direction du parti a malgré tout décidé de maintenir sa confiance en Olaf Scholz, arguant de son expérience pour nourrir l’espoir qu’il résiste aux vents contraires.
24.02.2025

Pays-Bas
—Histoire • Culture • Écologie
Dans la morosité du temps présent, on ne crache pas sur des petites avancées symboliques. Le gouvernement hollandais a annoncé en février que le pays allait restituer au Nigeria plus de 100 bronzes du Bénin pillés par les troupes britanniques à la fin du 19e siècle et conservés jusqu’à présent au Wereldmuseum de Leiden. Le ministre de la culture a reconnu ce faisant une obligation de réparation d’une « injustice historique qui est encore ressentie jusqu’à aujourd’hui ». Pendant ce temps, le gouvernement hollandais s’est fait rappeler à l’ordre par une cour de justice pour inaction climatique. La cour a en effet jugé que le gouvernement devait en faire plus pour atteindre les objectifs fixés par ses prédécesseurs en matière de réduction des émissions d’azote d’ici à 2030.
Précédemment (décembre 2024) : Gros temps sur le plus plat des plats pays. À l’horizon du gouvernement de droite et d’extrême-droite : plus d’un milliard d’euros de coupes dans le secteur des soins de santé ; des coupes budgétaires dans l’enseignement ; d’autres dans les services publics ; un milliard d’euros en moins dans la sécurité sociale ; une réduction des impôts pour les riches et les grandes entreprises ; la retraite à 67 ans. Alors que le PVV de Gert Wilders annonçait la rupture et se posait en défenseur des classes populaires en promettant la hausse du salaire minimum, l’annulation du relèvement de l’âge de la pension ainsi que la baisse des loyers, il n’en sera rien. À la place, une continuité de la politique anti-sociale du parti libéral VVD de Mark Rutte accompagnée par un durcissement prévisible sur l’asile et l’immigration, points sur lesquels le gouvernement réclame pas moins qu’une dérogation aux règles européennes en vigueur.
24.02.2025

Royaume-Uni
—Solidarité internationale • Etats-Unis • Vie politique • Gouvernement • Migrations
Soucieux d’éviter d’échapper aux taxes sur les importations qui pleuvent sur tous les partenaires commerciaux des États-Unis, le gouvernement travailliste de Keir Starmer fait tout son possible pour ne pas déplaire à Donald Trump, quitte à renoncer à des positions antérieures (sur l’Ukraine, soutenue beaucoup plus timidement) ou à ses valeurs (sur le développement de l’IA, en refusant de signer une charte éthique qui ne plaisait pas aux États-Unis). Il s’est même mis à copier l’administration Trump en diffusant des vidéos d’expulsions par charters de migrants en fin de droits…
Précédemment (octobre 2024) : Au Royaume-Uni, les manifestations d’extrême droite organisées à la fin du mois de juillet en réponse au meurtre de trois fillettes ont été sévèrement et rapidement réprimées par le gouvernement travailliste de Keir Starmer. Surtout, elles ont suscité une mobilisation encore plus importante de la société contre ces violences, avec des milliers de personnes se rassemblant dans plusieurs villes pour protéger des mosquées et des hébergements d’urgence pour migrants. Ces événements interviennent dans un contexte où le gouvernement travailliste peut compter sur une solide majorité au Parlement depuis les élections générales du 4 juillet, où les conservateurs ont enregistré une défaite historique. Cela dit, il n’est pas sûr qu’il y ait grand-chose de plus à attendre d’un gouvernement qui fait de la modération le point cardinal de sa politique, aussi bien sur les enjeux socio-économiques que face aux événements gravissimes qui se déroulent actuellement sur la scène internationale.
24.02.2025

Roumanie
—Extrême droite • Elections 2024 • Élections
Affaibli par des vents contraires, Klaus Iohannis, président de la Roumanie depuis 2014, libéral et pro-européen, a démissionné en réponse à une motion de destitution déposée par trois partis d’extrême droite, soutenus par un autre parti libéral. Cette évolution doit être interprétée à la lumière du report très controversé des élections présidentielles roumaines à mai 2025. Pour rappel, le premier tour des élections présidentielles, organisé en novembre 2024, a été annulé par la Cour constitutionnelle au motif d’ingérence de la Russie dans la campagne et de promotion illégale du candidat d’extrême-droite pro-russe Calin Georgescu via Tik Tok. S’il semble clair que la campagne de Georgescu était illégale à plusieurs égards, il n’est pas certain que la Cour avait la légitimité d’annuler l’élection. Par ailleurs, il semble assez clair, au vu de la faiblesse de certains des arguments qu’elle a avancés, qu’elle a pris cette décision en grande partie pour des raisons politiques, ce qui affaiblit sa légitimité et risque de renforcer l’extrême-droite. En attendant l’élection de mai prochain, vers laquelle tous les regards sont désormais tournés, la démission du Président, forcée par la procédure de destitution, peut être vue comme une mesure visant à apaiser les tensions compréhensibles qui entourent cette élection de tous les dangers.
Précédemment (décembre 2024) : Véritable séisme politique au premier tour des élections présidentielles roumaines, fin novembre. Alors qu’il n’était crédité que de 10 % des intentions de vote dans les sondages, le candidat d’extrême droite pro-russe Călin Georgescu s’est hissé de façon fulgurante au second tour avec 23 % des suffrages. Il devait y affronter la candidate de centre-droit peu enthousiasmante Elena Lasconi, du parti très opportunément nommé Sauvez la Roumaine, mais la Cour constitutionnelle a décidé d’annuler les résultats du premier tour en raison de pratiques de campagne illégales ! La mobilisation massive d’influenceurs sur Tik Tok, amplifiée par des bots, aurait, selon des analystes, joué un rôle décisif dans son ascension fulgurante et inattendue. Certains de ces influenceurs ont d’ailleurs confessé avoir touché de l’argent pour soutenir sa campagne en croyant qu’il s’agissait d’une ONG. Cette décision de justice audacieuse est un soulagement pour la gauche. Călin Georgescu, plus radical que le parti d’extrême droite jusque-là dominant (l’Alliance pour l’unité des Roumains, dont il a été mis de côté à cause de ses glorifications du régime fasciste d’Antonescu, allié de l’Allemagne nazie) avait notamment déclaré en 2022 que l’Ukraine, pays voisin, était un « État inventé ». Se pose néanmoins la question de la légitimité de cette décision extrêmement forte de la part de la Cour constitutionnelle.
24.02.2025

Suède
—Migrations
Prévisions très défavorables pour qui chercherait à échapper à la misère en s’installant en Suède. Alors que les chiffres de l’asile et de la migration dans le pays sont en baisse, la droite et l’extrême-droite surenchérissent et ne se lassent pas de durcir toujours plus les conditions d’accueil. Désormais, il faut avoir vécu huit ans en Suède pour accéder à la naturalisation, ne pas avoir touché de minima sociaux plus de six mois sur les trois dernières années et mener « une vie décente et honnête » (comme le font certainement l’ensemble des Suédois). Ces conditions et ce double standard s’ajoutent à une série d’autres obligations imposées auparavant et qui portent sur la maîtrise de la langue et la connaissance de la société suédoise. Comme bien souvent, s’agiter sur les questions migratoires permet de mettre à l’arrière-plan ce qui compte vraiment : la crise climatique. Les nouvelles ne sont pas meilleures sur ce plan puisque la Cour suprême suédoise a rejeté en février l’ouverture d’un procès intenté à l’Etat pour inaction climatique par Greta Thunberg et 300 jeunes.
Précédemment (octobre 2024) : À l’instar du Danemark mais sans grande surprise au vu de son orientation idéologique, la coalition de droite au pouvoir, soutenue par l’extrême-droite, s’affaire sur les questions migratoires. Ainsi, alors même qu’une commission d’enquête avait récemment décommandé l’idée d’aides financières à des retours volontaires, « stimuler fortement l’immigration de retour » demeure le mot d’ordre du gouvernement, qui dit envisager des soutiens à la santé et à l’éducation pour les personnes invitées à rentrer dans leur pays d’origine.
24.02.2025

Belgique
—Conflit social • arizona • Vie politique • Partis politiques
Si l’on ne peut que se réjouir de la large mobilisation sociale à l’appel des syndicats le 13 février, les perspectives pour notre plat pays sont sombres. La présence des socialistes flamands (Vooruit) au sein d’un gouvernement qui s’annonce violemment anti-social, promet de constituer une pomme de discorde à gauche au cours de la prochaine législature. Si les socialistes francophones, par le truchement de leur président, disent « comprendre » la stratégie de leur parti frère sans la partager, ce n’est pas le cas du PTB, qui y voit le « maillon faible » du gouvernement, et qu’il entend cibler dans ses attaques afin de diviser la coalition au pouvoir. La présence de Vooruit au sein de ce gouvernement en compagnie de la N-VA fait d’ailleurs des émules jusqu’au niveau européen, où les têtes dirigeantes du Parti socialiste européen (PSE) prônent un cordon sanitaire strict avec les droites radicales et extrêmes. D’après Mediapart, il aurait été diplomatiquement signifié à Vooruit qu’il garde la confiance de ses partenaires européens, tout en étant placé sous « surveillance »…
Précédemment (décembre 2024) : Même si des récents sondages confirment la position de force du MR en Wallonie, il y a quelques motifs de réjouissance pour la gauche en Belgique francophone. On songe en premier lieu aux possibles prémisses d’une union des gauches avec les expériences de coalitions PS-Ecolo-PTB à Forest, PS-PTB à Mons et Molenbeek (même si la question de ces alliances divise encore au sein de la gauche). Également aux mobilisations antifascistes contre la venue de Jordan Bardella à Bruxelles, qui signait joyeusement des livres dans un lieu mis à disposition par la Hongrie de Viktor Orban pendant que sa concurrente pour la prochaine présidentielle écoutait les réquisitions du parquet à son encontre. Ou encore au succès des manifestations du secteur non-marchand et du monde enseignant. Les gauches belges ne baissent pas les bras !
19.02.2025

France
—Vie politique • Gouvernement
Après la destitution du gouvernement Barnier, son successeur, François Bayrou, marche sur des œufs. Un peu plus ouvert à la négociation et à la taxation des profits que son prédécesseur, il a réussi à convaincre le PS (et le RN) de ne pas le censurer suite à l’adoption du nouveau budget au 49.3 (sans vote parlementaire). Ce faisant, il a réussi à obtenir un petit sursis pour son gouvernement tout en faisant voler en éclat la NUPES. Les Insoumis, écologistes et communistes pointent du doigt la trahison du PS qui, lui, invoque l’aspiration de nombreux citoyens et élus locaux à une forme de stabilité politique. Pendant ce temps, signe que personne n’est vraiment content, Bernard Arnault et le Medef (syndicat des patrons) se sont indignés du projet de surtaxe sur les plus grandes entreprises, brandissant la menace d’une grève du capital (autrement dit, arrêter d’investir en France pour se tourner vers l’eldorado étatsunien).
Précédemment (décembre 2024) : Victoire pour la démocratie, puisque le gouvernement Barnier vient de se faire censurer après avoir essayé de faire passer son budget au moyen du très autoritaire 49.3, balayant d’un revers de main tout le travail législatif qui avait été fait pour concilier les demandes des différents groupes politiques. Pendant ce temps, les ennuis judiciaires du Rassemblement national semblent sérieux : dans l’affaire des assistants parlementaires européens, le parquet a en effet requis cinq ans de prison dont trois avec sursis, ainsi que cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire pour Marine Le Pen – une perspective dont on est en droit de se réjouir. Le jugement est attendu dans les prochains mois. Difficile, cependant, d’anticiper l’effet que cela aura sur le vote RN : si cela pourrait freiner le parti dans sa quête de respectabilité et de séduction d’un électorat modéré, le cas Trump enseigne que dans un contexte de forte polarisation, cela ne décourage pas forcément la mobilisation des électeurs convaincus.
19.02.2025

Bulgarie
—Élections
Nouveau gouvernement depuis janvier, issu de la coalition du GERB (centre-droit), du BSP (centre-gauche), d’une branche du DPS (centriste et turcophone) et de l’ITN (parti antisystème penchant à droite). Il s’agit du troisième gouvernement régulier depuis 2021, lorsque le pays est entré dans une période de fortes turbulences politiques marquée par la tenue de pas moins de sept élections législatives ! Une instabilité produite par une très forte fragmentation partisane. La gauche étant très affaiblie à l’échelle du pays, il faudra tenir à l’œil les développements à venir au sein de plusieurs partis plutôt centristes tels que le BSP, le MRF, la DB, agités par des conflits internes et en cours de repositionnement.
Précédemment (décembre 2024) : On vote tous les six mois en Bulgarie, pour le moment, puisque les législatives anticipées se succèdent, faute de pouvoir stabiliser une coalition. Comme lors du dernier vote en juin dernier, le bien-nommé parti Gerb des conservateurs se place en première position avec 25,5 % des suffrages, devant les libéraux pro-européens de PP-DB et les nationalistes prorusses de Vazrajdane qui sont au coude-à-coude (14 et 13 %). Il faut être patient à la lecture des résultats pour tomber sur un parti de gauche, suite à l’effondrement des socialistes au fil des derniers scrutins… La Gauche Unie, alliance électorale de pas moins de 20 partis, obtient 7,3 % des suffrages.
19.02.2025

Hongrie
—Anti-fascisme
La militante italienne antifasciste Ilaria Salis, arrêtée après une manifestation antifasciste a passé quinze mois dans les geôles hongroises et n’a obtenu sa libération que grâce à son élection comme députée européenne (groupe de la Gauche) en juin 2024. Éclaircie dans la tempête, sa libération n’éclipse pas la préoccupation pour la situation des forces antifascistes en Hongrie. Salis appelle aujourd’hui à se mobiliser contre la répression politique du régime de Viktor Orban, et la France en particulier à refuser l’extradition de son camarade de lutte Gino Abazaj, réclamée par Orban.
Précédemment (juin 2024) : Comme on pouvait s’y attendre, l’agitation le long du Danube se poursuit avec pluies et orages sur Budapest. Lors des élections européennes, le pouvoir de l’autoritaire Premier ministre Viktor Orbán a une fois de plus été massivement confirmé : la coalition autour de son parti d’extrême droite Fidesz a remporté la majorité des voix (44,9 %) et des sièges (11/21). Surprise, cependant : la montée en puissance du nouveau venu, le Parti du respect et de la liberté (Tisza, 7 sièges et 29,5%). Fondé trois mois seulement avant les élections par Péter Magyar, ancien membre de l’establishment du Fidesz, aujourd’hui à la tête d’un prétendu mouvement anti-corruption, qui sera le bienvenu dans le groupe PPE. Reste à voir si Magyar sera un véritable opposant à Orbán – en tout cas pas sur un programme progressiste. Très maigres résultats, en revanche, pour la coalition des trois partis d’opposition : DK-MSZP-Dialogue Alliance (PES, sur une position sociale-démocrate et verte), qui n’a obtenu que 2 sièges, avec 8,1% des voix. À peine plus que le Mouvement pour la patrie, une scission de l’ancien parti néo-nazi Jobbik, qui vise à revenir à ses positions initiales, encore plus à l’extrême droite (1 siège, 6,7 % des voix). Alors que la pluie n’en finit plus, on peut se demander comment le reste de l’Europe pourrait soutenir les démocrates hongrois.
19.02.2025

Pologne
—Droits fondamentaux • Droits humains • Migrations
En Pologne, la sécurisation de la frontière se poursuit et devrait même se renforcer après les « élections » récentes en Biélorussie, qui ont vu Alexandre Lukashenko être réélu pour un septième mandat avec… 87,6% des voix. Cette stratégie indique une double faiblesse dans le chef de Donald Tusk. C’est le signe d’une crainte géopolitique, qui voit dans la « weaponization » (l’instrumentalisation) des migrants le ressort d’un affaiblissement de l’Europe et de l’UE. Mais c’est aussi l’indice que la coalition actuelle n’est pas sereine quant à la possible résurgence dans les urnes du PiS (Droit et Justice) et ne veut pas apparaître comme trop ouverte sur l’immigration. Le résultat ? Des personnes continuent de mourir de froid dans le no man’s land boisé entre la Pologne et la Biélorussie…
Précédemment (décembre 2024) : Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies a récemment examiné le rapport présenté par la Pologne au titre du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Il a salué les « énormes efforts » de la Pologne pour accueillir un grand nombre de réfugiés ukrainiens et pour donner accès à l’assistance sociale aux détenteurs d’une protection temporaire, de même que les progrès enregistrés par le pays s’agissant du taux d’emploi et de la réduction du chômage. Il s’est néanmoins inquiété des inégalités de revenu, certes en légère baisse, mais parmi les plus marquées de l’Union européenne, ainsi que de la hausse des prix du logement et de la situation des Roms, qui ne montre pas de signes d’amélioration. On pourrait ajouter à ces inquiétudes la volonté proclamée du gouvernement libéral de Donald Tusk de durcir sa politique migratoire afin de couper l’herbe sous le pied de l’opposition nationaliste du PiS, selon la stratégie bien connue mais jamais couronnée de succès.
19.02.2025

Azerbaïdjan
—Droits fondamentaux
En Azerbaïdjan, la liste des prisonniers politiques s’allonge inexorablement. Les répressions contre journalistes et activistes continuent, avec l’arrestation récente de Shahnaz Beylargizi et de Shamshad Aga, tandis que l’activiste Afiaddin Mammadov a été condamné à huit ans d’emprisonnement.
Précédemment (octobre 2024) : La communauté universitaire transnationale se mobilise en soutien à un jeune chercheur azerbaidjanais, Bahruz Samadov, passé par l’ULB, qui est emprisonné en Azerbaïdjan et jugé pour trahison sur des bases très vraisemblablement fabriquées. Au-delà de ce cas singulier, c’est l’ensemble du pays qui subit une recrudescence des répressions des toutes dernières voix critiques et indépendantes qui y persistent (journalistes, activistes et chercheurs indépendants), et ce à quelques mois de la COP29 qui doit s’y tenir. Les élections parlementaires du 1er septembre ont, quant à elles, été marquées comme toujours par une absence totale de compétition et un déni des droits électoraux.
19.02.2025

Arménie
—Droits fondamentaux • Guerres et conflits • Migrations
En Arménie, le gouvernement et ses médias affiliés sont accusés de dénigrer les réfugiés du Haut-Karabakh, que le régime en place considère comme une menace à sa stabilité et qu’il présente souvent comme une cinquième colonne. Cette rhétorique vulnérabilise encore un peu plus la situation et les perspectives d’intégration de cette population qui, pour rappel, avait été contrainte de rejoindre l’Arménie après une attaque de l’Azerbaïdjan sur l’enclave en septembre 2023, constituant un cas d’épuration ethnique.
Précédemment (octobre 2024) : En Arménie, les progrès démocratiques des dernières années sont ternis par un type de gouvernance marqué par l’abus de pouvoir du parti au pouvoir, notamment l’arrestation sur des bases politiques de certaines personnalités publiques ou de limogeage de fonctionnaires critiques du pouvoir en place. L’été a aussi été marqué par une recrudescence des violences policières envers des manifestants anti-gouvernement, ce qui signale également l’incapacité à réformer la police, une institution qui souffre de nombreux dysfonctionnements internes et fortement liée au pouvoir en place (notamment du fait de la nomination d’un proche du premier ministre à sa tête).
Précédemment (avril 2024) : En Arménie, quelques rayons de soleil ont récemment percé la masse nuageuse. Alors que les guerres successives avec l’Azerbaïdjan et l’exode forcé des Arméniens du Haut-Karabakh en septembre-octobre 2023 ont mis à mal les tentatives de réformes démocratiques engagées par le gouvernement après la révolution de velours de 2018, le pays a ratifié le Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale et en est donc devenu officiellement un Etat partie, s’éloignant ainsi un peu plus du giron russe.
19.02.2025

Serbie
—Conflit social • Vie politique
Assiste-t-on à une timide éclaircie, avec les premiers signes d’une victoire de la contestation sociale en Serbie ? Depuis novembre 2024, le pays est le théâtre de manifestations massives déclenchées par l’effondrement tragique du toit de la gare ferroviaire de Novi Sad, qui a causé la mort de 15 personnes, sur fond d’allégations de corruption et de négligence au sein du gouvernement. Les manifestations, initialement menées par des étudiants, se sont rapidement étendues à divers segments de la société, y compris des enseignants, des agriculteurs et des professionnels du droit. Elles reflètent un mécontentement généralisé envers le président Aleksandar Vučić et son administration, accusés de corruption systémique et de restriction des libertés démocratiques. Les protestataires réclament des réformes profondes et une plus grande transparence au sein du gouvernement. Alors que le régime alternait répression violente, orchestration de contre-manifestations pro-gouvernementales et couverture biaisée des événements par le truchement des médias d’État, les lignes semblent désormais bouger. Face à la pression croissante, le Premier ministre serbe, Miloš Vučević, a annoncé sa démission le 28 janvier dernier, affirmant que cette décision visait à réduire les tensions sociales après une énième attaque à l’encontre d’une étudiante à Novi Sad la veille par un membre du parti au pouvoir (SNS). Le maire de la ville, Milan Đurić, a également démissionné dans la foulée.
Précédemment (décembre 2023) : Retour de la violence et raidissement du régime. La société civile serbe est en alerte. Les tueries de masse auxquelles le pays a été confronté au mois de mai ont déclenché des manifestations qui se poursuivent encore actuellement. Celles-ci réclament la chute du régime du président Aleksandar Vucic pour l’échec de la gestion de cette crise sociale, la corruption et ses liens étroits avec les réseaux criminels et mafieux du pays. En parallèle, les relations avec le Kosovo virent à l’orage, après l’attaque perpétrée en septembre au Monastère de Banjska, au Kosovo. Une trentaine d’hommes serbes lourdement armés se cachant dans l’enceinte du monastère ont ouvert le feu sur la police kosovare, causant la mort d’un policier kosovar albanais et de trois assaillants serbes. Tandis qu’Aleksandar Vucic nie ouvertement l’implication de son gouvernement dans cette attaque, l’enquête a dévoilé la présence de Milan Radoicic, le leader du parti politique Srpska lista, représentant les intérêts des Serbes du Kosovo et appuyé par Belgrade. Sous le poids des critiques de l’opposition et du soulèvement citoyen, le président a annoncé l’organisation d’élections anticipées prévues potentiellement en décembre. Celles-ci présentent tous les traits d’une caution pseudo-démocratique avant que l’opinion publique ne tourne définitivement en sa défaveur, alors même que le régime tente de faire passer une proposition de loi qui lui permettrait de prendre le contrôle complet sur les médias et cherche à acheter sa réélection avec, notamment, le versement de 20 000 dinars (170 euros) aux pensionnés.
19.02.2025

Ukraine
—Russie • Solidarité internationale • Etats-Unis • Guerres et conflits
La gauche ukrainienne est plus que jamais aux abois face aux évolutions de la situation internationale. Focalisée sur le déroulement de la guerre, elle peine à établir des plans sur le long terme. Or, le retour au pouvoir de Trump apporte de sombres projections à cet égard. Si la perspective d’une fin rapide de la guerre, annoncée avec confiance par le président américain, attire inévitablement l’attention d’une population embarquée malgré elle dans ce conflit, elle génère également beaucoup d’incertitude et de nombreuses inquiétudes : quelle sera la nature du plan de paix ? Quelle en sera la durée si les contradictions fondamentales ne sont pas résolues et que de sérieuses garanties de sécurité ne sont pas établies ? En attendant, la décision de la suspension de l’aide directe américaine, ainsi que le spectre de la guerre commerciale que Trump agite même vis-à-vis de ses propres alliés, place l’Ukraine dans une position de faiblesse. De la même façon, le mépris qu’il affiche vis-à-vis du droit international risque de neutraliser l’instrument principal auquel la gauche ukrainienne cherche à se raccrocher. Dans ces conditions, cette dernière cherche plus que jamais à éviter l’isolement et à construire des liens avec ses partenaires européens, que ce soit via le Réseau Européen de Solidarités avec l’Ukraine ou via le Parlement européen.
Précédemment (février 2024) : Outre les affres du conflit, les gauches ukrainiennes subissent les offensives de la droite et de l’extrême droite. Après avoir reçu des menaces de la part de membres du groupe Tradition et Ordre, le musée national d’art d’Odessa a ainsi annoncé l’annulation d’une exposition de David Chichkan dont l’ouverture était prévue le 21 janvier et qui présentait des portraits de soldats des forces armées ukrainiennes affichant des opinions politiques de gauche. Par ailleurs, un projet de réforme du Code du travail, écrit sans la participation des organisations syndicales, pourrait être adopté cette année et entrer en vigueur en 2025. Celui-ci perpétuerait plusieurs restrictions « temporaires » des droits telles que le licenciement pour divulgation de secrets commerciaux, la journée de travail de 12 heures ou l’interruption inattendue des vacances. Ces dynamiques montrent l’urgence, pour les gauches ukrainiennes, de s’organiser pour peser sur les contours de la société ukrainienne post-conflit : en ce sens, la création récente de l’Alliance de la Gauche Verte d’Europe centrale et orientale, représente une timide éclaircie.
19.02.2025

Autriche
—Extrême droite • Elections 2024 • Élections
Les gauches autrichiennes gagnent un sursis supplémentaire, mais pour combien de temps ? Alors que, plus de quatre mois après les élections législatives, l’extrême droite et la droite conservatrice semblaient en passe de signer un accord de coalition, celui-ci ne devrait finalement pas voir le jour, en raison de la position radicale et inflexible du FPÖ – parti d’extrême droite fondé dans les années 1950 par d’anciens nazis. Plusieurs scénarios se dessinent : une relance des négociations avec les autres partis (les sociaux-démocrates, les libéraux et/ou les écologistes, les deux premiers ayant déjà signalé leur disponibilité), un retour aux urnes, ou la nomination temporaire d’un gouvernement d’experts. Quelle que soit la solution adoptée – grande coalition, répétition électorale ou gouvernement « technique » – il y a plus de chances que celle-ci alimente la progression de l’extrême droite plutôt qu’elle ne l’interrompe.
Précédemment (décembre 2024) : Vague noire redoutée sur l’Autriche, qui a vu le parti d’extrême droite FPÖ de Jorg Haider remporter les élections législatives du 29 septembre pour la première fois de son histoire. Bien qu’annoncé favori notamment sur base de son récent succès aux élections européennes, le FPÖ a fait mieux encore que ce que prédisaient les sondages, avec un score de 28,9 % des voix et 26 sièges supplémentaires par rapport aux précédentes élections fédérales. Le Parti populaire (ÖVP) du chancelier sortant Karl Nehammer a pris la seconde place avec 26,3 % des voix, perdant pas moins de 20 sièges. Sur la plus petite marche du podium, on retrouve le premier parti de gauche, le Parti social-démocrate (SPÖ), conduit par Andreas Babler, avec 21,1% des suffrages, gagnant un siège. Les Verts, qui faisaient partie d’une coalition gouvernementale…contre-nature, en perdent 10.
19.02.2025

Portugal
—Vie politique • Élections • Partis politiques
À moins d’un an de l’élection présidentielle, qui se tiendra le 25 janvier 2026, la gauche portugaise ne semble pas à en mesure de présenter un candidat unique et crédible. Alors que, historiquement, le Parti socialiste avait fait main basse sur ce poste entre 1986 et 2006, avec quatre mandats de cinq ans consécutifs, la gauche est systématiquement battue à cette élection depuis lors, au profit du parti de centre-droit, le PSD. Dans les rangs de ce dernier, Marques Mendes, ancien ministre et leader du parti, vient d’annoncer sa candidature. A l’extrême droite, André Ventura se présente à nouveau, après avoir fini troisième en 2021 avec 12% des voix. La surprise pourrait venir de l’amiral Gouveia e Melo, présenté par l’ensemble des médias et instituts de sondages comme candidat et favori pour remporter l’élection, après avoir bâti sa visibilité durant la période du Covid-19, où il était responsable de l’organisation de la distribution des vaccins. Face à ces candidats déclarés ou putatifs, aucun candidat « naturel » ne se dégage du côté du Parti socialiste. Pour le moment, seul António José Seguro, ancien leader du PS (2011-2014) et ancien ministre pendant une petite année entre 2001 et 2002, multiplie ses engagements médiatiques. Sans soutien large parmi les socialistes, il pourrait se disputer l’ électorat de gauche avec António Vitorino, autre « historique » du parti, ancien ministre et Commissaire européen, et plus récemment directeur-général de l’Organisation Internationale pour les Migrations de l’ONU. Dans cette configuration, il se pourrait bien que les sondages voient juste et que le discret amiral, dépourvu de tout programme politique clair, l’emporte dans un an, sans que les conséquences d’un tel dénouement soient faciles à prévoir.
Précédemment (décembre 2024) : Au Portugal, la société offre encore une résistance importante aux idées d’extrême droite. Le 21 octobre, un homme a été tué par la police dans un quartier de la banlieue de Lisbonne. Tandis que les déclarations officielles indiquaient que cet homme, Odair Moniz, était armé d’un couteau, le policier qui l’a tué (un jeune homme de 22 ans) a démenti le communiqué et avoué que Moniz n’avait aucune arme sur lui au moment des faits. Cela a suscité une vague de révolte dans les quartiers, puis à Lisbonne une semaine plus tard sous l’impulsion des associations de quartiers. L’extrême droite s’est empressée d’organiser une contre-manifestation, heureusement peu mobilisatrice, arguant que le policier en question devrait être médaillé et que si la police tuait plus y aurait moins de crimes. Suite à ces déclarations, une pétition publique a été lancée contre le leader de la formation d’extrême droite, André Ventura, afin qu’il soit poursuivi pour apologie d’actes criminels. Elle a recueilli 100.000 signatures en un jour. Depuis, le pays est agité de nombreux débats potentiellement salutaires sur la place de la police dans les quartiers, les conditions de formation des agents et le besoin de repenser le modèle des quartiers sociaux.
19.02.2025

Grèce
—Conflit social • Austérité
Alors qu’une nouvelle vague d’austérité s’annonce à l’échelle de l’Union européenne, les effets de la précédente se font encore sentir, en particulier dans le pays qui en a le plus souffert. Le 27 janvier, des milliers de personnes ont manifesté pour réclamer justice et responsabilités dans le cadre de la catastrophe ferroviaire de Tempi, qui avait coûté la vie à 57 personnes en février 2023. Bien que l’accident ait été imputé à l’erreur humaine d’un chef de gare, les manifestants la replacent dans le contexte de dé-financement du secteur, conduisant à une détérioration des voies ferrées, à un manque de personnel et à des défaillances dans le système de sécurité et de communication. Loin d’être entendues, ces protestations sont sévèrement réprimées par le gouvernement et son appareil policier.
Précédemment (décembre 2024) : Une fois n’est pas coutume : le gouvernement conservateur, faisant face à des vents contraires dans l’opinion publique, a promis une hausse de 2 à 2,5% des salaires, du revenu minimum et des retraites à partir de janvier prochain. Le parti d’opposition Syriza n’a pas manqué de faire remarquer que l’inflation sur la dernière année était de 2,7% et de qualifier les mesures gouvernementales de « cacahuètes ». Pendant ce temps, son leader Stéfanos Kasselákis a été écarté de la direction du parti suite à une motion de censure de la part des membres. Comme nous vous le racontions dans un bulletin météo précédent, cet ancien banquier de chez Goldman Sachs avait succédé à Aléxis Tsípras il y a moins d’un an. Espérons que son éviction puisse donner un nouvel élan à l’opposition de gauche !
19.02.2025

Espagne
—Economie
Quand le froid hivernal frappe nos contrées, c’est souvent vers l’Espagne que se tournent nos cyclistes et nos retraités pour faire le plein de vitamine D. Et c’est peut-être vers l’Espagne qu’on peut aussi se tourner pour un peu d’espoir, car le gouvernement de Pedro Sánchez, sans être irréprochable, parvient malgré tout à concilier des politiques sociales (hausse du salaire minimum, amélioration des retraites et de l’assurance chômage, défense des droits des femmes) avec des indicateurs économiques au beau fixe. Ainsi, l’économie espagnole a connu une croissance de 3,2 % de son PIB en 2024, soit le taux le plus élevé de la zone euro, quatre fois plus élevé que la moyenne des pays de la zone et même supérieur aux prévisions initiales du gouvernement ! Ce n’est pas le plein soleil pour autant : comme le fait remarquer Romaric Godin dans son analyse sur Mediapart, cette croissance, qui résulte en partie d’un effet de rattrapage après la violente crise économique subie par le pays, repose essentiellement sur le développement du tourisme de masse, dont la logique reste largement critiquable tant sur le plan environnemental que social…
Précédemment (décembre 2024) : Tempête #MeToo sur la gauche espagnole : le porte-parole parlementaire de Sumar (mouvement de coalition de gauche participant au gouvernement), Íñigo Errejón, a brusquement démissionné le 24 octobre 2024 suite à une série de témoignages anonymes l’accusant de comportement sexiste et d’agression sexuelle. Figure centrale du cycle « populiste de gauche » des années 2010, Errejón a été un acteur clé dans quatre mouvements – Podemos, Más País, Más Madrid et Sumar – ayant poussé le féminisme parmi les enjeux de premier plan en Espagne. Ces accusations posent question quant à la manière très verticale dont la gauche radicale espagnole s’est construite, permettant à des acteurs comme Errejón d’abuser de leur position de pouvoir de différentes manières.
Pendant ce temps, la droite espagnole tente de mettre sur le dos du gouvernement national de Pedro Sánchez les inondations tragiques qu’on pourrait plutôt imputer (outre au changement climatique et à l’inaction générale) à la gestion calamiteuse du gouvernement de droite/extrême droite régional de la Communauté de Valence. En combinaison avec le cas Errejón, il semble y avoir une hausse du sentiment antipolitique, qui pourrait déforcer la gauche à l’avenir.
19.02.2025
Italie
—Conflit social • Austérité • Economie
La fin de l’année 2024 a été marquée par une grande grève nationale, très largement suivie, pour dénoncer le budget baigné d’austérité du gouvernement Meloni. Celle qui était la seule cheffe de gouvernement européenne présente à l’investiture de Donald Trump en janvier fait du zèle. Peu soucieuse des effets sociaux désastreux que cela annonce et surfant sur la vague des grandes coupes budgétaires de Javier Milei ou de son « ami génial » Elon Musk, elle s’est engagée à ramener le déficit public à 2,8 % du PIB en 2026, ce qui est en dessous du plafond de 3 % fixé par le pacte de stabilité européen.
Précédemment (décembre 2024) : Comme l’expliquait récemment Hugues Le Paige sur son blog, la « mère de toutes les batailles » (G. Leoni) est en train de se jouer en Italie autour d’une possible réforme de la Constitution. Conçue initialement comme un rempart au retour du fascisme, la très progressiste Constitution de 1948 présentait un grand nombre de dispositions visant à protéger les Italiens de tout pouvoir personnel excessif et consacrait le rôle décisif des partis, du parlement, des syndicats et des associations de citoyens. Le grand objectif de Meloni est désormais de transformer cette Constitution en permettant la concentration du pouvoir aux mains de l’exécutif, par le biais d’une élection directe du premier ministre au suffrage universel et d’une prime majoritaire pour le parti arrivé en tête des suffrages, lui garantissant une très large majorité en sièges afin de pouvoir gouverner sans entraves. Et cela tout en diminuant considérablement le pouvoir et l’influence du Président de la République, traditionnel garant des institutions. L’heure est donc à la vigilance extrême face à un possible tremblement de terre constitutionnel.
19.02.2025

Bruxelles – UE
—Austérité • Elections européennes 2024 • Union européenne • Economie • Environnement
Les premiers dégâts du vent défavorable qui souffle sur l’arène européenne depuis les élections de juin 2024 deviennent visibles. La Commission von der Leyen, soutenue par une demande de la France, demande de reporter sine die l’adoption de la directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité, au nom de la simplification administrative visant à renforcer la compétitivité des entreprises européennes. Cette directive, et sur laquelle un compromis avait été obtenu l’année dernière sous présidence belge du Conseil, introduisait des obligations en matière de respect des droits humains et de l’environnement.
Précédemment (décembre 2024) : La nouvelle Commission européenne a pris forme début décembre, dans une certaine continuité de la précédente, la grande coalition des forces pro-européennes ayant été reconduite. On n’ira pas jusqu’à y voir du soleil, mais la bonne nouvelle est la nomination d’une commissaire socialiste espagnole très engagée, Teresa Ribera Rodríguez, comme vice-présidente avec un large portefeuille « A clean, just and competitive transition » qui vise à intégrer les enjeux économiques et environnementaux dans un esprit de justice sociale. La mauvaise nouvelle, comme le souligne Amandine Crespy, c’est que cette Commission et ses soutiens penchent quand même bien à droite, avec un discours peu social, le portefeuille traditionnel « emploi et affaires sociales » étant remplacé par les termes « compétences » (« skills ») et l’étrange « preparedness ». On se demande un peu à quel raz-de-marée éventuel les Européens doivent se préparer…
19.02.2025

Géorgie
—Tournant autoritaire • Russie • Elections 2024 • Élections
Le tonnerre gronde dans la société géorgienne, de plus en plus manifestement divisée sur la question du rapport au voisin russe. Les élections parlementaires du 26 octobre 2024 ont consacré la réélection du parti réputé pro-russe, Rêve géorgien (avec 54% des suffrages) pour un 4e mandat, face à la coalition des partis d’opposition pro-occidentaux menée par la présidente Salome Zurabichvili. Ces élections ont été marquées par un nombre important d’irrégularités (achat de votes, violation du secret des urnes, manipulations du comptage électronique et intimidations). Les enquêtes de sortie des urnes laissent penser que les résultats pourraient avoir été truqués. L’opposition géorgienne, qui boycotte le nouveau parlement, ainsi que l’Union européenne et les États-Unis n’ont d’ailleurs toujours pas reconnu les résultats du vote et demandent une enquête. Salome Zurabichvili a quant à elle initié une action en justice auprès de la Cour constitutionnelle pour annuler les résultats du vote, mais sans succès. Les manifestations qui ont eu lieu dans la capitale, puis ailleurs dans le pays, ont été durement réprimées par la police. La mobilisation se poursuit et s’intensifie à l’heure d’écrire ces lignes tandis que le nouvel exécutif a déjà frappé fort en reportant à 2028 l’adhésion du pays à l’UE, décrochant probablement un grand sourire à Vladimir Poutine.
Précédemment : Comme beaucoup de pays de l’ancien espace soviétique, la Géorgie, tiraillée entre les sphères d’influence russe et européenne, entame une dérive autoritaire inspirée par la première. Le parti au pouvoir Rêve géorgien, autrefois positionné au centre-gauche et étiqueté comme pro-européen, multiplie les initiatives inquiétantes. Après avoir fait passer une loi contre les « agents étrangers » ciblant les ONG, la société civile et l’opposition, le parti annonce des mesures draconiennes en cas de victoire aux élections législatives du 26 octobre, notamment une loi interdisant le principal parti d’opposition et une loi anti-LGBT.
05.12.2024
Norvège
—Solidarité internationale • Guerres et conflits
Dans le contexte de guerre en Ukraine, la Norvège a décidé d’offrir un soutien prioritaire au voisin moldave, devenant l’un des principaux soutiens du pays. Depuis février 2022, plus de 1,4 million de personnes ont traversé l’Ukraine pour se rendre en Moldavie, et plus de 120 000 y sont restées en tant que réfugiées. Or, la Moldavie fait face à des défis tels que les pénuries d’énergie et l’inflation élevée. De nombreux réfugiés ukrainiens en Moldavie ont du mal à accéder aux soins médicaux, à trouver un emploi et à faire en sorte que leurs enfants puissent poursuivre leurs études. Le soutien de la Norvège, via l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés, vise à faire bénéficier tant les communautés locales vulnérables que les réfugiés d’une aide financière, d’un hébergement adéquat, d’un soutien psychosocial, d’une protection contre la violence sexiste, d’un accès à des services spécialisés et d’une remise en état des infrastructures communautaires. L’anticyclone norvégien s’étend par ailleurs aux droits des femmes : fin août, le gouvernement de centre-gauche a proposé de prolonger la limite légale de l’avortement de 12 à 18 semaines.
Précédemment (avril 2024) : Suite à une visite et une étude approfondie des mécanismes en place, des experts des Nations unies ont exhorté le gouvernement norvégien à prendre les mesures nécessaires pour aider les personnes d’origine africaine à s’intégrer pleinement dans la société norvégienne, alors qu’ils sont confrontés au profilage racial, aux discours de haine, aux moqueries racistes dans les écoles, aux obstacles à l’accès à l’emploi, ainsi qu’au retrait forcé des enfants par les services de protection de l’enfance. Les Norvégiens, au moins, ne sont pas dupes. Dans un sondage récent, plus de la moitié des personnes interrogées estimaient en effet que le racisme « ordinaire », caractérisé par des remarques désobligeantes liées à l’appartenance ethnique, est répandu en Norvège.
11.10.2024

Finlande
—Economie
Les dépenses sociales seraient-elles le meilleur baromètre de l’état d’une société ? Pour la coalition gouvernementale de centre-droit finlandaise, il ne s’agit visiblement que d’une charge à réduire. Dans les secteurs de l’aide sociale et de la santé, notamment, les coupes sont spectaculaires : licenciements, réductions forcées du temps de travail et départs à la retraite non remplacés sont légion. Ceci dans un contexte où le gouvernement finlandais glisse dans une obsession sécuritaire, alimentée par la menace russe. Ainsi, dans le même temps, le gouvernement a décidé de se doter d’une toute nouvelle flotte d’avions de chasse et de renforcer les budgets de la sécurité et de la défense. Par ailleurs, soucieux d’éviter un nouvel afflux de réfugiés en provenance de Russie (en novembre dernier, le gouvernement russe avait incité des centaines de réfugiés à traverser la frontière), le gouvernement a adopté cet été une nouvelle loi très conversée. Celle-ci permettra aux gardes-frontières, sous certaines conditions, d’empêcher les demandeurs d’asile de traverser le territoire finlandais et de refuser l’enregistrement de leurs demandes de protection internationale, en violation flagrante des normes européennes et internationales.
Précédemment (juin 2024) : Malgré le bon résultat du parti conservateur au pouvoir (24,8%), on a assisté, comme en Suède, à la chute de l’extrême droite au profit de la gauche et des écologistes. La bonne surprise vient de l’Alliance de gauche qui gagne 10% pour s’emparer de la deuxième place à 17%, devant les sociaux-démocrates (14,9%), tandis que les verts affichent 11,3%. Comme en Suède, ces résultats sont en partie imputables à un faible taux de participation. Il s’agit néanmoins d’un heureux désaveu pour l’extrême droite (7,6%), qui contrôle actuellement sept ministères et fait face à des vents contraires.
11.10.2024
Islande
—Écologie • Élections • Environnement
En 1980, l’Islande s’était distinguée comme le premier pays élisant démocratiquement une femme au poste de cheffe de l’État. C’est une nouvelle fois une femme, Halla Tomasdottir, qui a été élue en juin dernier à ce poste symboliquement et politiquement important (même si le premier ministre est, en pratique, le véritable chef de l’exécutif). Et si les questions sociales ne sont sans doute pas prioritaires aux yeux de cette ancienne femme d’affaires, elle entend promouvoir, outre la diversité de genre, une « mise à jour » du capitalisme en Islande, affirmant que la recherche effrénée du profit au détriment du climat et du bien-être n’est plus tenable. Venant d’une voix plutôt centriste, on ne peut qu’apprécier !
11.10.2024

Danemark
—Migrations
Le gouvernement danois de centre-gauche, confirmant l’évolution anti-immigration de la social-démocratie scandinave, envisage d’abolir une loi qui permettait jusqu’à présent aux demandeurs d’asile déboutés de rester dans le pays pour 18 mois supplémentaires grâce à un permis de résidence. Aux yeux du ministre de l’immigration, puisque leur demande n’a pas abouti, ces personnes n’ont « pas besoin de protection » et n’ont « pas le droit d’être au Danemark ». En revanche, le gouvernement enregistre un progrès dans la lutte contre les gaz à effet de serre avec la mise en place d’une taxe sur les émissions de CO2 (significatives) du bétail. Espérons que cela ne les mette pas davantage encore sur la paille.
Précédemment (juin 2024) : Au Danemark, le parti populaire socialiste, qui siège avec les Verts au Parlement européen, a créé la surprise en arrivant en tête (17,4%) et en dépassant pour la première fois le parti social-démocrate. Dans l’ensemble, ce sont tous les partis au pouvoir – les sociaux-démocrates (S&D – 15,6%), Venstre (14,7%) et les Modérés (6%) – qui reculent, n’obtenant ensemble que 36,2%, bien loin des 50,9% obtenus lors des élections nationales de 2022. Le corolaire de cette perte de vitesse n’est pour une fois pas une percée spectaculaire de l’extrême droite. L’horizon est relativement clair pour les gauches, dont le score combiné est proche de 43%. Et 50% si l’on ajoute Radikale Venstre (« Gauche radicale »), qui comme son nom ne l’indique pas est un parti modéré, de centre gauche.
11.10.2024
Suisse
—Justice
Tempête dans un verre d’eau. Alors qu’une majorité législative semblait favorable à l’internement systématique des personnes ayant commis pour la deuxième fois un meurtre, un homicide volontaire ou un viol, les Chambres suisses se sont finalement prononcées contre une telle mesure particulièrement liberticide.
Précédemment : Après la grisaille des élections fédérales d’octobre, c’est la démocratie directe qui amène une belle éclaircie avec, le 3 mars dernier, le succès de l’initiative citoyenne pour un treizième mois de retraite, lancée par les syndicats et soutenue tant par les socialistes que par les écologistes, et validée par plus de 58 % de votants lors d’un référendum en mars. Le gouvernement fédéral et le patronat avaient pourtant fait tout leur possible pour pousser le « Non ». Par ailleurs, la proposition de relèvement de l’âge de la pension de 65 à 66 ans a été rejetée par une écrasante majorité (74,7%). Ce résultat fait l’effet d’un séisme politique dans un pays tendanciellement libéral, où les initiatives sociales sont régulièrement battues dans les urnes. Prochaine bataille : obtenir un financement aussi redistributif que possible pour ce treizième mois de retraite plutôt que de faire peser le coût sur les travailleurs des générations suivantes !
11.10.2024
Slovaquie
—Elections européennes 2024
Après une campagne orageuse marquée par la tentative d’assassinat du premier ministre Robert Fico, son parti souverainiste et pro-russe (Smer-SD) a dû se contenter de la seconde place, avec 24,8% des voix, derrière Slovaquie progressiste, le parti social-libéral d’opposition, qui s’est bien repris après deux défaites électorales consécutives et obtient 27,8%. Derrière eux, les partis d’extrême-droite République, d’une part, et Liberté et Solidarité [sic] d’autre part obtiennent respectivement 12,5% et 5%. La sociale démocratie, elle, fait face à des vents contraires. Le Hlas-SD – issu d’une dissidence du Smer-SD, membre de l’actuelle coalition gouvernementale et exclu du groupe social-démocrate européen en 2023 en raison de ses sympathies pro-russes – n’obtient que 7,2%, juste assez pour un siège, comme les démocrates-chrétiens.
Précédemment : Les élections législatives du 30 septembre en Slovaquie ont vu le parti emmené par Roberto Fico arriver en tête, annonçant le retour au pouvoir du tribun qui avait gouverné le pays pendant douze longues années mais avait été donné pour mort politiquement, en raison de ses nombreuses inculpations pour des affaires de corruption. Nationaliste et pro-russe, son retour aux affaires est accueilli très favorablement par le voisin hongrois, toujours dirigé par Viktor Orbán. Seule la victoire de Donald Tusk lors des élections polonaises, très maigre consolation pour la gauche, empêche que ne se crée un solide axe illibéral et anti-ukrainien sur le flanc Est de l’Union européenne…
19.06.2024

Slovénie
—Elections européennes 2024
Comme dans de nombreux autres pays européens, la Slovénie n’a pas échappé à la remontée de l’extrême droite aux élections européennes, après son rejet dans l’opposition lors des dernières élections de 2022. Avec un taux de participation très bas à 41,35% (en légère hausse depuis les dernières élections européennes de 2019), le SDS (Slovenska Demokratska Stranka – Parti démocratique slovène) mené par l’ancien premier ministre Janez Janša, qui bénéficie du soutien de Viktor Orban, a remporté 4 sièges, deux de plus que lors des dernières élections européennes en 2019. Le parti au pouvoir en Slovénie, le GS (Gibanje Svoboda – Mouvement pour la liberté) d’orientation verte-libérale maintient ses deux sièges par rapport aux dernières élections. Le parti social-démocrate, le SD (Socialni demokrati), ne remporte qu’un siège, contre deux lors du précédent scrutin.
17.06.2024
Croatie
—Elections européennes 2024
Temps stable sur la Croatie. Les élections européennes y ont été marquées par un taux de participation très faible de 21,3%. Le HDZ (Hrvatska Demokratska Stranka – L’Union démocratique croate), le principal parti politique croate de droite, conservateur et nationaliste, remporte six sièges, deux de plus que lors des dernières élections européennes. Le HDZ s’est maintenu au pouvoir depuis sa création en 1991, se retrouvant dans l’opposition uniquement entre 2000 et 2003 et 2011 et 2015, au profit des sociaux-démocrates. Le SDP (Socijaldemokratska Partija – Le Parti social-démocrate croate), le second parti le plus important du pays, maintient ses 4 sièges. Deux nouveaux partis ont toutefois rejoint le Parlement européen en remportant respectivement un siège : le DP (Domovinksi Pokret – Le Mouvement patriotique), d’orientation nationaliste créé en 2020, et Možemo! (Nous pouvons !), un parti issu de la nouvelle gauche écologiste créé en 2019. Ce dernier a notamment remporté l’élection au poste de maire de la capitale, Zagreb, après le décès en 2021 du maire Milan Bandić, impliqué dans de nombreuses affaires de corruption. Les résultats pour les européennes reflètent ceux des dernières élections législatives qui se sont tenues au mois de mai 2024 et ont débouché sur la constitution d’une coalition majoritaire, composée du HDZ et du DP, face à une opposition formée par le SDP et Možemo!.
17.06.2024
Chypre
—Elections européennes 2024
Malgré la saison estivale, les nuages s’accumulent au-dessus de l’île. En termes de voix et de sièges, le parti de centre-droit DISY sort vainqueur des élections européennes à Chypre. Le parti, avec 24,8% des voix, garde ses deux sièges et devance son rival, le parti de centre-gauche AKEL, qui obtient 21,5% des voix et perd l’un de ses deux sièges. Cette victoire montre que DISY a survécu à une intense période de crise interne marquée par la fragmentation, le changement de direction et la fuite de certaines personnalités importantes vers l’extrême droite. Dans un contexte aussi favorable, l’incapacité du parti AKEL à profiter du moment témoigne de son manque de vision, de stratégie et de leadership.
Le véritable vainqueur de l’élection, pourtant, est tout autre. Fidias Panayotu, un youtubeur de 24 ans qui a ouvertement déclaré ne jamais avoir voté et a annoncé sa candidature deux mois avant l’élection, a obtenu un score surprenant de 19,3% sans présenter aucune orientation idéologique ou programmatique claire. Infantilisé et ridiculisé par les commentateurs de tous bords, activistes de gauche inclus, le potentiel de son style politique transgressif a clairement été sous-estimé. Les votes pour Fidias semblent provenir de tous les espaces politiques et idéologiques ; sa candidature aurait même absorbé des votes du parti d’extrême droite ELAM, qui est tout de même parvenu à décrocher son premier siège au Parlement européen. C’est le second enseignement des élections à Chypre : le score d’ELAM est le résultat d’une progressive normalisation de l’extrême droite et des discours nativistes et xénophobes dans la société, et d’un déplacement général de la politique chypriote vers la droite.
Les partis traditionnels chypriotes sont en crise depuis 2013. S’ils ont survécu à la crise financière et aux nombreux scandales de corruption, c’est essentiellement en raison du poids de l’abstention, de l’apathie politique, et de l’absence d’alternatives viables. Cependant, en l’absence d’un renouvellement de leur identité, ils semblent voués à décliner. Sans exagérer l’importance des élections européennes, les scores de Fidias et d’ELAM sont un signal clair d’une frustration latente favorisant les tendances anti-système et l’extrême droite. À quand une gauche renouvelée, capable de parler un nouveau langage et de déployer une nouvelle esthétique, pour repolitiser cet électorat frustré et faire barrage à la politique du pire ?
17.06.2024
République Tchèque
—Elections européennes 2024
En République tchèque, les élections européennes (marquées par un regain de participation – autour de 36% – dans un pays où il est historiquement très faible) ont conduit à la victoire du mouvement centriste ANO 2011, mené par l’homme d’affaire et ancien Premier ministre Andrej Babiš. Celui-ci récolte 7 sièges, soit un de plus par rapport au scrutin précédent. Alors que la coalition gouvernementale (droite, libéraux et démocrates-chrétiens) subit un net revers et perd deux sièges, la coalition de gauche Stačilo!, dominée par le parti communiste, réalise un bon résultat : elle arrive en quatrième position avec 9,56% des voix et deux sièges.
17.06.2024

Irlande
—Elections européennes 2024
Les deux partis centristes actuellement en coalition au pouvoir, Fine Gael (conservateurs) et Fianna Fail (libéraux), ont remporté les suffrages avec respectivement 20,8 et 20,4% des voix. La déception vient de Sinn Fein, parti de gauche radicale pro-réunification de l’Irlande, qui n’arrive qu’à la troisième place, avec 11 % des voix, alors qu’on leur annonçait un ciel radieux dans les sondages depuis leur victoire aux élections parlementaires de 2020. Après une campagne, semble-t-il, dominée par la crise immobilière et la question migratoire, l’élection a également été marquée par le grand nombre de candidats indépendants (près de 28% des voix), dont une coalition quelque peu nébuleuse est parvenue à obtenir 2 sièges, soit autant que le principal parti de gauche.
Précédemment (avril 2024) : Après s’être distinguée par deux référendums validant respectivement le droit au mariage pour des personnes de même sexe et celui à l’avortement, en suivant les recommandations de son Assemblée citoyenne tirée au sort, une majorité de la population irlandaise a décidé, le 9 mars dernier, de rejeter les recommandations de l’Assemblée citoyenne sur l’égalité de genre. Celles-ci visaient à supprimer de la constitution deux formulations patriarcales : la première définit la famille comme l’union d’un homme et d’une femme ; la seconde précise que les femmes qui s’occupent de leur foyer et de leurs enfants sont dispensées de chercher un emploi. Résultat : deux fois « Non » aux propositions de modernisation de la Constitution. La faute au gouvernement, qui avait tellement reformulé et modéré les propositions de reformulation de la constitution qu’une partie de la gauche s’est associée à la droite conservatrice pour voter « Non » afin de ne pas entériner un changement constitutionnel largement insuffisant à ses yeux. Dans l’espoir que le beau temps succède à la pluie, cette gauche a estimé qu’il valait mieux temporairement garder une très mauvaise constitution, pour mieux la changer, plutôt que d’entériner sur le long terme une constitution tiède du point de vue de l’égalité de genre. Pari risqué – mais l’avenir leur donnera peut-être raison !
17.06.2024
Malte
—Elections européennes 2024
Sur l’archipel maltais, les sièges ont été répartis entre deux formations. Le Parti travailliste a franchi la ligne en tête (45,3%) malgré la perte d’un siège au bénéfice de son principal opposant, le Parti nationaliste, conservateur (42%). Il s’agit néanmoins d’un recul historique pour le parti social-démocrate, qui faisait face à des prévisions nettement plus clémentes.
17.06.2024
Lituanie
—Elections européennes 2024
Les chrétiens-démocrates au pouvoir ont remporté les élections européennes, préservant leurs trois sièges malgré un léger recul. Les sociaux-démocrates, qui avaient pourtant le vent en poupe dans les sondages, n’ont pas pu faire mieux que 18%, préservant leurs deux sièges. Les six sièges restants sont partagés entre plusieurs petites formations : le Mouvement libéral (centre-droit), le Parti de la liberté (centre-droit), l’Action électorale des Polonais de Lituanie (extrême-droite), l’Union démocratique (centre-gauche) et l’Union des paysans et des Verts lituaniens. On notera une belle troisième place pour cette dernière formation (9 %), qui est toutefois plus conservatrice que la plupart des partis verts européens. Le taux de participation, quant à lui, frise le ridicule avec seulement 28,4%. Mais la Croatie a fait pire encore !
17.06.2024

Lettonie
—Elections européennes 2024
Malgré une campagne agitée de nombreux scandales (usage de jets privés avec de l’argent public, financement illicite de campagne et tentative de manipulation d’élections) dont on aurait pu attendre qu’ils affectent le score du parti de centre droit au pouvoir (JV), celui-ci s’est maintenu en tête avec 25,4% des voix, devant l’extrême droite (Alliance nationale, 22,3%), qui progresse de près de 6 points. Derrière, c’est la grande fragmentation, deux partis de gauche obtenant péniblement un siège chacun, sans dépasser les 7,5% de voix. Mais que représentent de tels résultats avec un taux de participation de 33,8% ?
17.06.2024

Estonie
—Elections européennes 2024
Dans une élection très centrée sur les personnalités en raison du système de listes ouvertes, c’est le parti conservateur d’opposition Isamaa (Patrie) qui a remporté les élections européennes (21,6%), doublant son score par rapport à 2019. Il devance les sociaux-démocrates (19,3%, en recul) et les libéraux (18%), qui ont perdu près de 8%. Derrière, on retrouve encore d’autres partis conservateurs et centristes. Sans surprise dans cette région de l’Europe, c’est le thème de la sécurité qui a dominé la campagne. À noter également parmi les intempéries, un taux de participation, de 37,7%…qui reste le meilleur des pays baltes.
17.06.2024
Luxembourg
—Elections européennes 2024
Au Grand-Duché, les socialistes ont rebondi après leur score catastrophique de 2019, passant de 12,2 à 21,7% des voix. Pas de franche éclaircie, cependant, puisqu’en parallèle, les verts ont subi un revers important, tandis que Dei Lenk (gauche radicale) et les Pirates ont perdu quelques plumes. Au total, les trois formations de gauche enlèvent 37% des voix (42% si on ajoute les Pirates) et deux sièges sur six, soit quasiment la même configuration qu’en 2019. Les autres sièges sont allés aux chrétiens-démocrates (23%, 2 sièges), aux libéraux (18%, 1 siège) et aux nationalistes-conservateurs pro démocratie directe de l’ADR (12%, 1 siège). Plutôt que de grignoter du terrain à la droite, la gauche a plutôt vu les cartes être redistribuées en son sein.
Précédemment (décembre 2023) : Des résultats en demi-teinte. Aucun anticyclone ne semble protéger les performances électorales des gauches luxembourgeoises. Si le parti socialiste engrange une courte progression et gagne un siège, les verts et la gauche radicale sont en net recul : les premiers perdent 5 sièges, les seconds 2,5 points de pourcent. Ces partis totalisent, ensemble, à peine 17 des 60 sièges disponibles… la révolution attendra.
17.06.2024