Roumanie
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Affaibli par des vents contraires, Klaus Iohannis, président de la Roumanie depuis 2014, libéral et pro-européen, a démissionné en réponse à une motion de destitution déposée par trois partis d’extrême droite, soutenus par un autre parti libéral. Cette évolution doit être interprétée à la lumière du report très controversé des élections présidentielles roumaines à mai 2025. Pour rappel, le premier tour des élections présidentielles, organisé en novembre 2024, a été annulé par la Cour constitutionnelle au motif d’ingérence de la Russie dans la campagne et de promotion illégale du candidat d’extrême-droite pro-russe Calin Georgescu via Tik Tok. S’il semble clair que la campagne de Georgescu était illégale à plusieurs égards, il n’est pas certain que la Cour avait la légitimité d’annuler l’élection. Par ailleurs, il semble assez clair, au vu de la faiblesse de certains des arguments qu’elle a avancés, qu’elle a pris cette décision en grande partie pour des raisons politiques, ce qui affaiblit sa légitimité et risque de renforcer l’extrême-droite. En attendant l’élection de mai prochain, vers laquelle tous les regards sont désormais tournés, la démission du Président, forcée par la procédure de destitution, peut être vue comme une mesure visant à apaiser les tensions compréhensibles qui entourent cette élection de tous les dangers.
Précédemment (décembre 2024) : Véritable séisme politique au premier tour des élections présidentielles roumaines, fin novembre. Alors qu’il n’était crédité que de 10 % des intentions de vote dans les sondages, le candidat d’extrême droite pro-russe Călin Georgescu s’est hissé de façon fulgurante au second tour avec 23 % des suffrages. Il devait y affronter la candidate de centre-droit peu enthousiasmante Elena Lasconi, du parti très opportunément nommé Sauvez la Roumaine, mais la Cour constitutionnelle a décidé d’annuler les résultats du premier tour en raison de pratiques de campagne illégales ! La mobilisation massive d’influenceurs sur Tik Tok, amplifiée par des bots, aurait, selon des analystes, joué un rôle décisif dans son ascension fulgurante et inattendue. Certains de ces influenceurs ont d’ailleurs confessé avoir touché de l’argent pour soutenir sa campagne en croyant qu’il s’agissait d’une ONG. Cette décision de justice audacieuse est un soulagement pour la gauche. Călin Georgescu, plus radical que le parti d’extrême droite jusque-là dominant (l’Alliance pour l’unité des Roumains, dont il a été mis de côté à cause de ses glorifications du régime fasciste d’Antonescu, allié de l’Allemagne nazie) avait notamment déclaré en 2022 que l’Ukraine, pays voisin, était un « État inventé ». Se pose néanmoins la question de la légitimité de cette décision extrêmement forte de la part de la Cour constitutionnelle.