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Eco-dissidence

Le BEL 20 distribue plus de dividendes qu’il ne réalise de bénéfices

Romain GELIN

Tandis que les rémunérations, jetons de présence ou cumuls des mandats de certaines personnalités politiques – si moralement discutables qu’ils soient – font la une des médias depuis plusieurs mois, les rémunérations généreuses distribuées par les entreprises du BEL 20 à leurs actionnaires semblent quant à elles passer sous le radar.
Les bénéfices réalisés par les sociétés se répartissent généralement en deux postes principaux. Une partie constitue l’épargne de l’entreprise – qui sert à l’autofinancement de ses activités – et l’autre la rémunération des actionnaires, sous forme de dividendes.
Le versement de dividendes aux actionnaires se justifie communément par l’apport de capitaux de ces derniers dans l’entreprise. Le taux de dividende, simple ratio comptable, représente la part des bénéfices consacrée à la rémunération des actionnaires.
Qu’en est-il lorsque ce taux dépasse les 100% ou que les profits ne sont pas au rendez-vous, lors d’un exercice en perte ? Le BEL 20 constitue un exemple parfait pour illustrer ces différents cas de figure1.

En 2016, AB-Inbev a distribué plus de 7,6 milliards d’euros au titre des dividendes, Ageas 337 millions, Engie 3,16 milliards et Umicore 143 millions.

Pour l’exercice 2016, comme le montre la récente étude du Gresea, AB-Inbev, Ageas, Engie et Umicore ont respectivement réalisé des bénéfices d’1,12 milliard d’euros, de 223 millions, 163 millions et 141 millions d’euros. Des sommes conséquentes, mais nettement inférieures aux bénéfices d’ING (4,4 M€), de KBC (2,43 M€), de GBL (2,25 M€) ou de Telenet (1,07 M€), d’autres entreprises du BEL 20.
La particularité des premières citées ne réside pas dans les montants des bénéfices réalisés, mais dans ceux des dividendes distribués. AB-Inbev a en effet distribué plus de 7,6 milliards d’euros au titre des dividendes, Ageas 337 millions, Engie 3,16 milliards et Umicore 143 millions.
En taux de dividende, on obtient respectivement 680% pour AB-Inbev, 151% pour Ageas, 1935% pour Engie et 101% pour Umicore. En 2016, ces quatre entreprises ont donc distribué entre 1 et 20 fois plus de dividendes qu’elles n’avaient réalisé de bénéfices sur une année!
Pour l’exercice 2015, deux sociétés avaient réussi à faire – presque – mieux : en affichant des pertes de plus de 5 milliards d’euros pour Engie et de 131 millions pour Telenet, les deux sociétés avaient tout de même rémunéré leurs actionnaires à hauteur de 6 milliards pour l’énergéticien et d’environ un million d’euros pour l’opérateur internet.
Des sommes puisées dans les réserves des sociétés ou couvertes par des emprunts puisqu’aucun bénéfice n’avait été réalisé.

1985% de dividendes…

Ces pratiques peuvent paraitre extraordinaires de prime abord, mais sont malheureusement loin de l’être.
En effet, en 2015, ce ne sont pas moins de 10% des sociétés belges – toutes tailles confondues et donc pas seulement de grandes multinationales cotées en bourse – qui ont distribué des dividendes alors même qu’elles accusaient des pertes sur l’exercice.
En observant les entreprises au cas par cas, les situations diffèrent, de même que la politique de distribution de dividendes en présence de maigres bénéfices : certaines étant plus généreuses que d’autres avec leurs actionnaires.
Globalement, les taux de dividendes au sein du BEL-20 oscillent en 2016 entre 0,1% et 1935% avec neuf sociétés sur 20 dont les taux de dividende dépassent les 50%.
Entre 2015 et 2016, pour des bénéfices en croissance de 6%, les dividendes ont augmenté de 18%, un rythme trois fois plus soutenu !
Prises dans leur ensemble, les sociétés cotées au BEL 20 ont rémunéré leurs actionnaires à hauteur de 16,8 milliards d’euros en 2016 contre 14,2 milliards en 2015 pour des taux de dividende globaux de 98,7% en 2015 et 110% en 2016.
Les bénéfices, quant à eux, passaient de 14,4 à 15,3 milliards d’euros sur une année. Autrement dit, entre 2015 et 2016, pour des bénéfices en croissance de 6%, les dividendes ont augmenté de 18%, un rythme trois fois plus soutenu !
D’aucuns se scandaliseront, à juste titre, des rémunérations perçues dans des intercommunales ou du cumul des mandats d’une partie du personnel politique du pays – on parle de dizaines, voire de centaines de milliers d’euros.
Très peu en revanche semblent se soucier des niveaux de rémunération des propriétaires d’actions d’entreprises (holdings familiaux, investisseurs institutionnels et fonds d’investissement en tous genres) tandis que les restructurations, fermetures d’usines et plans sociaux se succèdent d’année en année, d’Arcelor Mittal à Caterpillar, de Ford à Mondelez – on parle bien ici de milliards d’euros qui ne servent pas à financer l’investissement ou à rémunérer les travailleurs, mais sont bel et bien accaparés par les propriétaires des entreprises.
Peut-on parler de développement économique dans ce contexte ?
  1. Calculs réalisés, pour 2015 et 2016, à partir de la composition actuelle du BEL-20, avec Aperam, Sofina, sans Delhaize et Elia, ni Colruyt qui publie ses comptes de manière différée

chercheur au Gresea (www.gresea.be)

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