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Politique Archives N°65
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La burqa interdite en Belgique, première européenne

Caroline SAGESSER

Voilà ce que titrait Le Soir le 1er avril dernier, alors que venait d’intervenir un vote unanime en commission de l’Intérieur à la Chambre pour approuver la proposition de loi de Daniel Bacquelaine et consorts (MR) interdisant le port du voile intégral dans tous les lieux accessibles au public. La presse internationale s’est également emparée de ce titre, et de New York à Bangkok, la planète entière a su que la Belgique était désormais le front avancé de la lutte contre l’intégrisme musulman… Quelques explications plus tard, les journalistes étrangers se pressaient à la séance de la Chambre du 22 avril, pour vivre la confirmation de cette interdiction par l’assemblée plénière. Mais, BHV s’invita à la fête ce jour-là, le gouvernement Leterme chuta, et on ne parla plus de la burqa. Nouvelles explications plus tard, la presse internationale était de retourle jeudi suivant, pour assister à une empoignade autour de BHV, dont on leur avait dit qu’elle pourrait sonner le glas de la Belgique. Au lieu de glas, c’est la sonnette d’alarme qui retentit, et il n’y eut point de BHV au menu. Déçus, les journalistes s’en allèrent, et c’est donc discrètement que, quelques heures plus tard, la Chambre adopta la proposition «anti-burqa». Cette mini-saga est à la hauteur de la réputation de surréalisme de notre pays. Et elle ne s’arrête pas là : ainsi qu’il était prévisible, le Sénat a choisi d’évoquer ce projet de loi, que la dissolution des chambres a, depuis, rendu caduc. Bref, il n’y a pas aujourd’hui d’interdiction de la burqa en Belgique, et si l’on veut en instaurer une, il faudra recommencer la procédure parlementaire. Pas sûr que tous ceux qui ont applaudi au vote de la proposition libérale en soient avertis… Et parmi eux, nombre d’électeurs : c’est à eux principalement que s’adressaient les députés en votant l’interdiction du voile intégral. Car comment soutenir sérieusement qu’il y avait urgence à voter cette interdiction ? Le phénomène de la burqa reste ultra-minoritaire dans notre pays, et, en l’absence de lien entre son port et des faits de criminalité, la menace pour la sécurité publique n’est pas établie.

Comment soutenir sérieusement qu’il y avait urgence à voter cette interdiction ? Le phénomène de la burqa reste ultra-minoritaire dans notre pays, et, en l’absence de lien entre son port et des faits de criminalité, la menace pour la sécurité publique n’est pas établie.

Tout le monde sait que le vrai débat concerne le port du voile islamique dans les écoles et au sein des administrations. Tout le monde connaît l’absence de consensus politique autour de cette question-là, qui est un facteur de division au sein même des partis. Simultanément, tout le monde (politique) est attentif à la montée d’un sentiment de méfiance et d’hostilité à l’égard de l’islam au sein de la population, attisé notamment par le sensationnalisme de certains médias. Donc, quand une proposition d’interdiction de la burqa arrive sur la table des députés, aucun d’entre eux – ou presque.Sauf deux députés du SP.A qui se sont courageusement abstenus lors du vote en plénière – n’ose prendre le risque de ne pas l’approuver Sur ce vote .lire par ailleurs cette réflexion … En effet, le consensus autour de l’incongruité du port de la burqa dans notre société et son incompatibilité avec nos valeurs est total. Il est si fort que personne n’ose prendre le risque de devoir expliquer que l’on peut être opposé au port de la burqa sans être favorable à son interdiction par une loi fédérale à la sécurité juridique douteuse (notamment en l’absence de l’avis du Conseil d’État), et à l’applicabilité incertaine. Dans le chef des partis de gauche, le vote de la proposition Bacquelaine et consorts paraît bien peu courageux. Pour tous, son adoption à la veille de la dissolution des chambres et alors que de très prochaines élections étaient annoncées relève de l’opportunisme. On ne peut même pas leur faire crédit de croire que ce faisant, ils ont cherché à tailler des croupières à l’extrême droite ; en effet, le Vlaams Belang ne manquera pas de s’enorgueillir du vote d’une proposition qui ressemble beaucoup à celle qu’il avait lui-même déposée fin 2007 Proposition de loi insérant dans le Code pénal une disposition interdisant de porter dans les lieux et espaces publics des tenues vestimentaires masquant le visage, déposée par MM. Filip De Man, Bart Laeremans et Bert Schoofs. Chambre, 23 novembre 2007, doc. 52/0433/1 , et dont l’examen avait d’ailleurs été joint à celui de la proposition Bacquelaine et consorts… Bref, aucun démocrate ne s’est grandi en votant l’interdiction de la burqa, qui est aujourd’hui caduque par suite de la dissolution des chambres. Remarquons que le même sort a heureusement atteint une autre proposition de loi, d’origine libérale flamande, cherchant à pénaliser l’évasion Proposition de loi relative à la pénalisation de l’évasion, déposée par Mmes Sabien Lahaye-Battheu, Carina Van Cauter et Hilde Vautmans. Chambre, 23 avril 2010, doc. 52/2570/1 – alors qu’aujourd’hui en tant que telle, l’évasion n’est pas punissable, seuls les délits qui seraient commis à cette occasion le sont. L’Open VLD veut non seulement faire table rase de ce vieux droit du prisonnier à chercher à recouvrer la liberté, mais aussi, pénaliser les parents et amis qui lui apporteraient de l’aide…

Mots-clés : Laïcité & religions

Caroline SAGESSER

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