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Flandre : Amina, médiatrice au VDAB

Henri GOLDMAN

Ceci se passe dans une Flandre de droite, dont le parti dominant est honni par la gauche francophone, souvent pour de bonnes raisons. Mais les choses sont parfois plus complexes qu’on imagine…

 

 

Le 28 août, le gouvernement  flamand twittait ce message pour constituer des réserves de recrutement de collaborateurs administratifs et de juristes.

La photo n’était pas choisie au hasard, car sur son site, on trouvait cette affiche où Amina Semlali (le nom de la dame photographiée) déclarait : « Avec ou sans foulard, il s’agit juste de faire bien mon travail ».

À côté de sa déclaration, cette profession de foi : « Auprès du gouvernement flamand, il y a de la place pour la diversité ! »

Sur le site, en regard de l’affiche, Amina raconte son histoire. Elle travaille pour le VDAB (le Forem ou le Pôle Emploi flamand) comme médiatrice dans un bureau d’accueil pour primo-arrivants qu’elle accompagne dans leur recherche d’emploi.  « Pour moi, c’est un job de rêve, dit-elle. Je trouve très important qu’un employeur donne sa chance à chacun·e sur base de ses compétences. Surtout aux personnes qui rencontrent des obstacles dans leur recherche d’emploi. » Elle parle d’expérience : « Moi-même, je porte un foulard. Dans le passé, j’ai été déjà confrontée à des patrons qui l’interdisaient. Je ne me sentais alors vraiment pas bien. Mais au VDAB, je peux garder mon foulard, il ne compte pas. La seule chose qui compte, c’est que je fasse bien mon travail. »

La ministre de tutelle du VDAB s’appelle Liesbeth Homans. Elle est membre de la N-VA. Politiquement responsable de cette campagne de recrutement, elle s’est fait violemment attaquer. Le Vlaams Belang s’est déchaîné contre elle et les commentaires racistes ne l’ont pas épargné. Du coup, son cabinet a fait machine arrière : cette campagne était maladroite car elle donnait faussement l’impression que le port du foulard ne pose aucun problème dans l’administration flamande, ce qui n’est pas le cas puisque celui-ci est notamment interdit dans un grand nombre de communes, à tout le moins pour les employées en contact avec le public… comme Amina. En conséquence, la photo litigieuse a été retirée du tweet. Mais au moment où je poste ce billet, rien n’a changé sur le site du gouvernement flamand.

On imagine bien que ce n’est pas la ministre qui a conçu cette campagne. L’administration du VDAB n’a tout de même pas besoin d’un contreseing ministériel pour lancer une campagne de recrutement. Pour elle, de façon tout à fait naturelle, la diversité religieuse mérite d’être prise en compte comme toutes les autres diversités. Même si ce n’est probablement pas innocent dans son chef de choisir une musulmane voilée comme métaphore de toutes les diversités énumérées (âge, sexe, genre, orientation sexuelle, handicap, état de santé).

Je reste songeur. Ceci se passe dans une Flandre réputée de droite, dont le parti dominant est honni par la gauche francophone, le plus souvent pour de bonnes raisons. Pourtant, on n’imagine pas une seconde qu’une telle affiche, éclatante manifestation de l’espoir d’une société vraiment inclusive, puisse sortir des cartons du Forem (Wallonie) ou d’Actiris (Bruxelles), tous deux dirigés par des socialistes. Les choses sont parfois plus complexes qu’on imagine…

rédacteur en chef de "Politique"

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