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Au fond des choses

Bienvenue dans l’ère du pouvoir totalitaire pervers : entretien avec Alain Deneault

Alain DENEAULT

On pourrait résumer la pensée d’Alain Deneault comme suit : Il y a au départ la corruption du pouvoir politique par l’oligarchie financière et industrielle.
Une corruption provoquée par une porosité des idées et des méthodes, d’abord. Un porosité au niveau acteurs, ensuite, aussi bien à travers le lobbying que par une forme d’entrisme quand de nombreux responsables politiques ne cachent plus leur proximité avec les cénacles du monde de l’industrie et de la finance, quand ils n’en sont pas carrément issus. Tel que le premier gouvernement de l’ère Macron dirigé par Edouard Philippe, pour prendre un exemple actuel.

 

Cet entretien a été réalisé par François Perl en partenariat avec la librairie Tulitu

Dans votre nouvel essai, Le totalitarisme pervers – dans lequel vous résumez un précédent ouvrage consacré aux ramifications du groupe Total (De quoi Total est la somme ?) – vous abordez à la fois la question du fonctionnement opaque des grands groupes multinationaux et leur impact sur les processus de décision politique. A partir du cas Total, vous montrez que les multinationales s’imposent définitivement comme des pouvoirs auxquels les États souverains sont subordonnés.

Alain Deneault : Effectivement. Je parle dans ce livre de la confrontation entre les États et (le phénomène de) l’oligarchie. Cette dernière est constituée de trois champs à l’intérieur desquels les acteurs sont en rotation : la haute finance, le pouvoir exécutif politique et la grande industrie.
Ce qui m’intéresse, c’est de voir comment il y a lieu aujourd’hui de cesser d’identifier la décision publique à une seule catégorie d’acteurs que seraient les décideurs politiques. Les autorités politiques sont en lien avec les deux autres catégories d’acteurs qui complètent l’oligarchie.

Ce qui est intéressant dans ce mode de pensée, c’est de voir les multinationales, qu’elles soient issues de l’industrie ou du secteur bancaire, et de les penser non plus comme des entreprises engagées dans des secteurs d’activité particuliers, mais comme des pouvoirs qui exercent une autorité avec un mode opératoire qui leur est propre et dans un rapport particulier à la loi.

Ces groupes industriels ou financiers ont une souveraineté qui est comparable à celle des États. On doit désormais traiter les multinationales comme des pouvoirs et non plus comme des entreprises, c’est-à-dire non plus comme un ensemble sur lequel les autorités publiques sont censés veiller, à la manière d’acteurs relevant de la société civile, mais bien comme des pouvoirs autonomes, capables d’interagir avec les États, avec des dirigeants qui traitent d’égal à égal avec ceux des gouvernements, et qui s’imposent comme des acteurs des relations diplomatiques (comme lorsqu’elles signent l’accord sur le climat en 2015 en leur nom). Ces multinationales sont aussi des entités qui évoluent dans des relations juridiques et des systèmes de règlements des conflits qui n’ont plus rien à voir avec le droit traditionnel et qui sont créés par et pour elles.

 

Justement, dans le Totalitarisme pervers, vous décriez l’escroquerie intellectuelle majeure des dirigeants de Total qui affirment haut et fort ne pas faire de politique. Si on prend en considération la production du politique (à la fois en terme de production de la pensée politique et d’organisation de la société), peut-on penser que les multinationales ont supplanté les États (quand ils ne leur sont pas carrément inféodés) ?

Alain Deneault : On peut dire que Total a, aujourd’hui, trois positions transversales et ce quel que soit l’enjeu.
1. Ce que nous faisons est légal
2. Nous ne faisons pas de politique
3. Le passé appartient au passé.

En ce qui concerne l’enjeu politique, Total estime ne pas faire de politique mais bien de la géopolitique. Une forme de métapolitique où elle se situe au-dessus des gouvernements et des peuples. Ce qui intéresse Total, ce n’est pas le quotidien de la politique mais la manière de conformer les détenteurs à un ordre politique, à des formes de régulation qu’elle impose elle-même. C’est son rapport à la loi qui est en jeu. Les multinationales s’octroient le droit de créer les paramètres supérieurs qui vont conditionner les décisions politiques. Ça se passe de 1001 manières.

Tout d’abord au niveau de leur dynamique mondiale. Une multinationale ne peut pas être désignée au singulier. C’est une erreur que de leur attribuer une unicité de structure. Par définition, une multinationale, ce sont des sociétés, un réseau de filiales, créées dans différents États.

Cette forme de structure fonctionne donc en réseau, aussi bien d’un point de vue financier que d’un point opérationnel. Un groupe comme Total n’est pas un sujet de droit. Ne sont sujet de droit que les divers éléments du groupe. Les filiales ne rendent des comptes qu’aux États dans lesquels elles sont implantées, sans que ces États puissent réguler l’ensemble de ce qu’elles forment. Un peu comme si ces États pouvaient agir sur ses tentacules et non sur la pieuvre.

Il n’y pas de contre-pouvoir possible dans cette organisation. Il s’en suit deux régimes de loi. La loi du législateur qui est le fait des processus électoraux et la Loi, avec un l majuscule, qu’on doit entendre comme une loi sadique. Une loi du plus fort qui proclame sa légitimité non pas sur un processus législatif mais les apparences de lois scientifiques ou naturelles.

Ce sont les grandes lois qui régissent le capitalisme mondial : la loi du marché, la loi de l’offre et de la demande, la loi de l’activité de la mondialisation ou encore la loi de l’activité commerciale sans entrave. Et le jeu consiste à présenter ces lois comme n’étant pas du ressort des pouvoirs politiques mais comme des régulations transcendantales qui sont le fait d’un ordre naturel et historique.

Les multinationales dans leur rapport aux pouvoir politique, mais aussi à la presse, créent les conditions dans lesquelles elles peuvent dicter ces lois. Ce mode opératoire ne peut fonctionner que dans un rapport de domination sur le pouvoir politique et les médias.

La France est un cas d’école intéressant là où le secteur public et le secteur privé fonctionnent sur un système d’échanges de cadres et de services que j’appelle la « porte tournante ». Des États deviennent subordonnés aux logiques financières et industrielles. Les prises de position du pouvoir politique focalisent leur discours sur celui de l’entreprise. C’est par les yeux de l’entreprise qu’on voit le réel. La satisfaction de l’entreprise devient le principal indicateur de résultats des politiques. C’est une transformation majeure de l’état de droit – je ne parle même plus de démocratie qui relève du fantasme. L’État devient une forme d’huissier du droit commercial dont le rôle est comparable à celui d’un arbitre de football. Il est là pour appliquer des règles qui ne relèvent d’une souveraineté politique mais des intérêts de l’oligarchie.

 

Et l’idéologie sous-jacente à ce phénomène, c’est ce que vous décrivez dans Politique de l’extrême-centre. Soit la construction d’une idéologie politique dominante totalement instrumentalisée par les pouvoirs oligarchiques et qui, sous des dehors de rationalité et de sagesse, légitime les attaques de plus en plus violentes contre les droits humains et l’environnement.

Alain Deneault : Oui. Partons de l’idée que nous sommes largement régis par des partis politiques qui ont intériorisé cette idéologie. On peut la définir de manière assez simple : l’extrême-centre c’est la force du statu quo. C’est maquiller en positions centristes, des positions qui sont en réalité extrêmes.

L’oligarchie maîtrise l’activité de la finance, de l’industrie mais aussi des médias. Un des pouvoirs des médias, c’est de distribuer les étiquettes. Dans un jeu de rôle assez bien rodé, les partis politiques liés à l’oligarchie développent des politiques qui traduisent les convergences d’intérêt de l’oligarchie dans une politique d’apparence centriste et sont adoubés par les médias détenus par les grands groupes industriels et financiers qui leur décernent un brevet de pragmatisme, de sagesse, de rationalité. C’est le « président normal », le « parler vrai ». Toute position normale qui s’écarte de ce point d’équilibre ne mérite que des étiquettes péjoratives. Pas seulement dans les éditoriaux mais aussi dans le traitement de l’information par des journalistes qui sont d’avantage des chiens de garde du système que des analystes.

En réalité le programme de l’extrême-centre est le même partout : plus de bénéfices pour les entreprises, moins de droits sociaux et plus de flexibilité, moins de dépenses publiques et de services collectifs et une politique internationale et de défense au service des intérêts commerciaux des autres pôles de l’oligarchie. C’est une des positions très extrême sur le plan politique mais aussi sur le plan moral. L’extrême-centre est totalement intolérant face à ce qui ne rentre pas dans ce moule idéologique. L’extrême-centre ne se positionne pas sur un axe gauche-droite mais entend bien le supprimer au nom d’une seule position envisageable, celle de la rationalité du marché et de l’entreprise.

 

On comprend donc bien qu’une grosse partie de la droite néolibérale s’est reconfigurée dans l’extrême-centre et a sorti la gauche du champ lexical global. Ceci avec l’aide de la presse, détenue par l’oligarchie, qui joue un rôle essentiel dans la fabrication de l’opinion. Nous serions entrés dans une nouvelle ère qui n’est plus une période d’affrontement gauche-droite mais bien dans une ère d’écrasement de la gauche par l’extrême-centre ?  

Alain Deneault : Le pouvoir a effectivement évolué. Il n’est plus exercé par les mêmes souverains. On est passé en cent ans d’un pouvoir psychotique ou d’un pouvoir névrotique à un pouvoir pervers. Une autorité psychotique c’est ce que Hannah Arendt décrit dans Les origines du totalitarisme. A savoir un pouvoir totalitaire, tonitruant et hyper visible. La source de l’autorité est à la fois réifiée et symbolique. On passe ensuite à d’autres formes de régimes que je qualifie de névrotiques. Le pouvoir névrotique ce sont notamment les États qui se réclament du keynésianisme. La décision politique n’y est pas imposée de manière totalitaire. L’autorité tente de susciter du désir chez le citoyen. De Gaulle ou Kennedy exemplifient bien cette idée. Leur projet est de rendre désirable l’autorité.

Mais qu’est-ce qu’un pouvoir pervers ? C’est un pouvoir dont les titulaires sont des psychotiques déguisés en névrosés. Il s’agit de faire valoir une autorité totalitaire sans jamais en signer l’acte. C’est un totalitarisme qui se réclame à la fois d’une loi naturelle et d’une certaine forme d’apolitisme. L’idéologie qui sous-tend le totalitarisme est remplacée par une sorte d’anthropologie de l’économie et du commerce.

L’axe gauche-droite est, dans ce pouvoir pervers, complètement effacé, fini. On est dans un nouvel ensemble politique qui définit les acteurs sur un axe ouverture/fascisme. Vous êtes pour le commerce international, le libre échange ou vous êtes fasciste. Il y a un ressort sadique dans cette idéologie. L’orthodoxie de l’oligarchie ne peut être discutée. Le capitalisme ne peut-être adouci, on ne parle même pas de remise en question, par exemple par des mesures fiscales. Tout gouvernement qui s’essaierait à cet adoucissement serait automatiquement puni puisque les entreprises qui verraient leurs privilèges écornés partiraient sous d’autres cieux, provoquant ainsi des dégâts sociaux considérables. Ce pouvoir pervers est bien entendu beaucoup plus difficile à combattre que lorsqu’on peut identifier la source du pouvoir et qu’on peut désigner le dirigeant psychopathe à renverser. Dans les années 30, on pouvait encore imaginer renverser le totalitarisme en assassinant Hitler. Maintenant quand Christophe de Margerie, PDG de Total, meurt dans un accident d’avion, il est automatiquement remplacé et l’ordre continue sans que la continuité de l’entreprise soit menacée.

 

Votre dernier ouvrage démontre que le totalitarisme n’est pas seulement l’apanage des dictatures politiques, mais aussi des multinationales. Vous récusez notamment Benjamin Barber quand il se refuse à parler de totalitarisme capitaliste. Pour vous, nous sommes face à un sujet politique qu’il faut nommer totalitarisme même si, comme vous le soulignez, celui-ci prend une forme différente des mécanismes totalitaires décrits par Hannah Arendt.

Alain Deneault : Barber cite effectivement régulièrement Marcuse quand celui-ci parle du contrôle total, mais d’un autre côté il refuse d’utiliser le terme de totalitarisme pour qualifier le système actuel et préfère parler de pouvoir totalisant. Ce qui est intéressant ici c’est de miser sur la plasticité du terme totalitarisme qui peut décrire des rapports de pouvoir, des acteurs et des situations très différentes.

Mais il y a aussi une tentation chez certains intellectuels de réserver cette qualification aux pouvoirs psychotiques.
D’une part, en présentant ces régimes psychotiques comme étant meurtriers et liberticides, à juste titre d’ailleurs, et d’autre part, en tentant d’analyser la situation actuelle sous l’angle des libertés disponibles, celle de consommer notamment qui nous maintiendraient dans le champ de la démocratie libérale.

Mais dans le fond, qu’est ce que le totalitarisme si ce n’est l’installation d’un pouvoir capable de contrôler l’ensemble de l’activité de la société y compris la dimension psychique et intime.

Nous sommes face à un pouvoir, celui de l’oligarchie, capable de nous intimer beaucoup de choses, un pouvoir suggestif qui parvient aux mêmes résultats que le pouvoir coercitif qui subordonne ses sujets par la violence. Les moyens sont différents, la finalité est la même. C’est pour ça qu’il est important de qualifier ces totalitarismes. De marquer la différence entre le totalitarisme pervers et le totalitarisme psychique pour bien délimiter ce qui relève de la méthode qui est différente et ce qui relève des objectifs et des résultats qui eux se rejoignent. Il faudra peut-être un jour faire le compte des millions de morts que ce totalitarisme pervers a provoqué. Par ses dégâts sociaux, par sa manière de laisser pour compte des populations entières quand il s’agit, par exemple, d’exploiter de manière négligente des gisements de richesse naturelle sans la moindre attention pour les conséquences environnementales et sanitaires de cette exploitation. Sans parler de conséquences mortelles de pratiques industrielles induites par ce totalitarisme.

Il faudra faire ce bilan pour réaliser qu’il est effectivement très lourd même si son mode opératoire fut différent de ces prédécesseurs. Il ne faut d’ailleurs pas sous-estimer la violence réelle de ce totalitarisme. Sur un plan historique, il émerge au début du XXe siècle avec le développement de l’industrie pétrolière. Les conséquences politiques de ce développement économique ont été à la source à la fois de pratiques totalement antidémocratiques avec la création d’États fantoches au Moyen-Orient et d’une litanie de conflits sanglants causés directement par la volonté de contrôle de cet espace géographique. C’est un pouvoir qui règne aussi sans partage et avec des moyens de coercition énormes.

 

Un pouvoir qui s’est diversifié puisque Total ne se résume plus à une compagnie pétrolière. On l’a vu en Belgique – avec le rachat de Lampiris, un producteur d’énergie verte – Total est un acteur global de l’énergie.

Alain Deneault : Absolument. Total est désormais présent dans tous les segments de l’énergie : pétrole, gaz, énergies vertes, fracturation hydraulique mais aussi sur les activités de production, de raffinage ou encore de courtage. De sorte que, quelle que soit la conjoncture économique, Total parvient à maximiser ses intérêts. Total se définit désormais non plus comme une structure pétrolière mais comme une structure énergéticienne qui fait de l’épuisement du pétrole son marché de demain. C’est un pouvoir totalisant, capable de tirer profit de l’ensemble des évènements conjoncturels.

 

Vous écrivez que « les multinationales ne transgressent pas la loi, elles se contentent d’exploiter et de développer les puissances proprement perverses du droit libéral lui-même ». Assistons-nous à un retour en arrière vers une époque où les multinationales évoluaient dans un monde sans régulation ? On pense notamment au dieselgate où un groupe industriel, Volkswagen, a pu bafouer sans aucune conséquence judiciaire ou presque, le droit européen.

Alain Deneault : Le rapport à la loi est effectivement complexe. Les multinationales achètent des décisions législatives. Si elles dépensent des sommes aussi importantes dans l’activité de lobbying, c’est bien qu’il y a en contrepartie une marchandise à acheter. Ce n’est pas de la philanthropie. La marchandise ici c’est une décision publique. Le processus est en effet beaucoup plus pervers qu’auparavant. On ne parle plus forcément de corruption ou bien encore d’intimidation mais de mécanismes plus subtils où on fait appel à des faiseurs d’opinions qui, par leurs interventions, font passer les intérêts commerciaux de leurs mandats comme une forme de biens communs.

L’objet du lobbying n’est plus seulement le décideur, c’est aussi l’opinion publique. C’est le cas de figure où la multinationale pèse sur la définition de la norme. Mais quand cette norme n’existe pas ou est floue, la multinationale se joue des faiblesses du droit pour légitimer ses comportements délictueux.

Ce phénomène est naturellement amplifié par la structure de ces entreprises qui se déclinent en filiales installées dans des pays aux systèmes juridiques très différents. Les législateurs n’ont plus de prises pour réguler ces activités et le rapport entre les dégâts commis sur le plan économique, humain ou environnemental et la contrainte légale ou juridictionnelle est très largement défavorable aux États. On acte désormais un divorce entre la morale et le droit. Le droit devient une technique qui rend légales et de manière autoréférentielle les pratiques des multinationales.

 

 

Alain Deneault est docteur et enseignant en philosophie. Sil est considéré, avec Naomi Klein, comme un des intellectuels les plus importants au Canada. C’est aussi une voix qui compte depuis plusieurs années dans le monde des idées francophones. Il publie depuis plusieurs années des essais où il décortique la question du pouvoir et plus précisément des rapports entre le pouvoir politique et les pouvoirs industriels et financiers. Entre autres : Gouvernance: le management totalitaire (Lux éditeurs, 2013), La Médiocratie : Politique de l'extrême-centre (Luc éditeurs, 2016), De quoi Total est la somme ? et Le totalitarisme pervers (Rue de l'échiquier, 2017).

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